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06/09/2009

Les noirs de Giorda

bellecour 1987 130 x 195.jpgOn parle souvent des noirs de Soulages. Il les baptisait lui-même « outre-noir » ou « noir lumière ».

Stries. Traits épais comme du goudron. Et votre regard se déplace pour accentuer ou atténuer la brillance des reflets : les noirs de Soulages sculptent la lumière. Ceux de Patrice Giorda révèlent des absences impossibles à combler. La magie des noirs de Soulages est dans le mouvement de l’œil qui les parcourt. Celle des noirs de Giorda est dans la contemplation immobile d’une béance obsédante. Ses noirs sont attente. Il dit parfois que « le noir donne l’être à la couleur et que la couleur endosse la faiblesse du noir ».

Giorda joue des contre-jours, des obscurités, des pénombres, des nuits. Ses noirs font éclater l’ocre et le jaune sur « Bellecour » - place des angoisses façon Reverzy, « fantomatique comme un trépas » - quand un soleil de désert l’écrase de mystère. Dans les représentations de « La grande institution », ses noirs apportent aux couleurs acides, aux jaunes, aux rouges, aux verts, des frissons de dortoirs, des odeurs de salles de classes et des tristesses de pensionnat encore et toujours hantés par des souvenirs perdus dans des contours mangés de ténèbres.

Dans ses « Terrasses », « cette partie de soi que l’on expose au monde et à la lumière, tout en se sentant protégé par l’espace intérieur auquel on continue d’appartenir », ses noirs font naître la couleur du linge, du ciel, d’une montagne, d’un banc sale. Quant à ses « Chemins », son « Petit cimetière », ses « Tombes sous la lune », ses « Arbres »…

J’ai découvert Patrice Giorda au musée Dini à Villefranche, il y a quelques années. « Giorda », une édition bilingue français-anglais parue chez RH Editions en 2008 rend assez bien compte de l’œuvre de cet artiste lyonnais. Comme souvent hélas dans ce genre d’ouvrage pourtant soigné les couleurs des photographies ne sont pas toujours à la hauteur de celles des tableaux.

Je retournerai donc au musée Dini. Vous êtes peut-être allés à la galerie Emiliani à Dieulefit où il a exposé quelques grands bouquets de fleurs et une aquarelle jusqu’au 30 août.

« La lumière naît quand la couleur cesse d’exister pour devenir espace ». Patrice Giorda.

Jean-Paul Schmitt

05/09/2009

La tête à Raymond

foot-euro-2008-raymond-domenech.1213101503.jpgCe soir contre la Roumanie, mercredi contre la Serbie, les Bleus jouent gros, puisqu’il s’agit de leur qualification pour le Mondial Sud-Africain. Battus 3 à 1 en Autriche dès l’ouverture de ces éliminatoires, les Gourcuff, Henry, Anelka, Benzéma, restent sur un pitoyable 1- 0 aux Iles Féroé.L’affaire se présente donc mal.

Cette élimination annoncée par certains, souhaitée par tant d’autres, offre tout de même une vraie perspective de satisfaction a beaucoup : la tête de Domenech. A lire entre les lignes des déclarations des uns comme des autres, tout montre que derrière cette probable élimination, passer par les armes le sélectionneur est le seul enjeu qui vaille. Tout est d’ailleurs bon pour charger Domenech. Sa personnalité insaisissable, ses attitudes perverses, son arrogance, son ton méprisant, son insolence sont pointés du doigt sans oublier sa désormais légendaire incompétence. Rendez-vous compte, ce type dispose des meilleurs joueurs du monde - c’est normal, ils sont Français - et il n’est même pas capable de les faire gagner. 4-4-2, 4-3-3, dans les rades et les rédactions du pays on démontre chaque jour que Domenech est le maillon faible du football français. Le débat est donc clos ce d’autant que les vieux sages de 1998 veulent aussi sa peau et que Saint-Zidane lui-même se serait fait lui aussi sa religion alors qu’il s’est retiré au pays des yaourts.

Face à une telle adversité, que pourrait donc faire ce diable de Domenech pour s’en sortir ? Que pourrait-il dire à sa troupe pour l’électriser avant la rencontre d’aujourd’hui ? Au stade ou nous en sommes, je ne vois qu’un seul argument à suggérer au renégat. Dire aux jeunes loups de l’équipe de France, destinés à pantoufler encore quelques années chez les bleus, qu’en cas d’élimination la première conséquence les concernant serait une baisse de leurs primes et émoluments vu, qu’avant juillet prochain, la Fédération doit renégocier les droits TV de l’équipe de France et ça s’est imparable pour les motiver.

Lyon, le 5 septembre 2009.

Photo: DR

04/09/2009

Carbonisable ?

cecile-duflot.jpgA voir son comportement, sa façon de ne pas manquer d’air, sa manière de toiser la gauche, je reste expectatif quant à Cécile Duflot, la chef des Verts. Parfois je me dis que comme certains enfants de bonne famille Cécile Duflot s’efforce de multiplier les mauvaises manières qu’elle aurait tant aimé avoir dans son adolescence. Hier à sa sortie de l’Elysée, suite à son rendez-vous avec Sarkozy, elle continuait de surjouer. Son cocktail, deux doigts de suffisance, trois volumes de langue de bois, un zeste de certitude fait l’affaire de bien du monde. Pour l’instant les Verts, la presse, Sarkozy semblent apprécier la marche estivale de celle qui vient de s’auto-proclamer tête de liste en Ile-de-France. Dont acte !

Son conseiller spécial, le bien nommé Placé, mise gagnant sur sa protégée au point, pour justifier le manque de notoriété de Cécile Duflot, de lancer, « Qui connaissait Valérie Pécresse il y a encore deux ans ? » Manifestement l’entourage de Duflot préconise à sa championne de continuer à défiler, menton en avant, devant une gauche estomaquée, aux cris de « Le projet, rien que le projet », la taxe carbone en bandoulière.

A ce train là, la chef des Verts, qui se targue « d’être la seule à avouer du fond, rien que du fond », devrait se résoudre à danser un tango des familles avec le seul Sarkozy sous les yeux de ce monsieur Placé tenant la bougie. Mieux vaut que l’un et l’autre s’y préparent, je pense bien entendu à nos deux écolos, Sarkozy quant à lui ne pouvant tirer que profit de la situation.

Lyon, le 4 septembre 2009.

Photo: DR

03/09/2009

ADN

m6.gifComme certains de nos anciens peuvent encore le dire, « Mieux vaut entendre ça que d’être sourd ». De quoi s’agit-il ? De M6, la petite chaîne qui jadis montait et qui veut aujourd’hui jouer aux grandes. Lundi prochain, événement médiatique hors norme, M6 va donc enfin nous livrer son premier JT. Les choses se gâtent quand c’est Nicolas de Tavernost qui fait la retape puisque le Président du directoire de la chaîne explique que ce nouveau rendez-vous de l’information devrait se faire « à la manière de M6 ». Avouez qu’il y a de quoi avoir peur, car quand il s’agissait de refaire la déco d’un appartement, d’organiser un dîner presque parfait ou de recruter les chanteurs de demain, M6 nous mettait déjà les chocottes. Maintenant que la chaîne se targue de vouloir faire de l’information au-delà de six minutes, génériques compris, il est légitime de se montrer inquiet.

Première révolution introduite par M6, la présentatrice va être debout et en jean. On ne peut ainsi que mieux saisir ce que Tavernost entendait par « à la manière ». Deuxième apport à l’histoire de l’information télévisée, grâce à MSN, les téléspectateurs désormais désignés par le très moderne vocable d’internautes, poseront des questions auxquelles la présentatrice en jean devrait répondre. Rassurons-nous l’objectif de ce néo-JT pour jeunes n’est pas d’informer mais d’être « un trait d’union entre l’access et le prime time ». Ouf !

Comme le disait hier au Figaro Claire Barsacq, la future présentatrice en jean, « l’ADN de M6, c’est le décryptage de l’info ». Alors si parmi vous certains attendent depuis des lustres que l’on leur décrypte l’info, dès lundi prochain, 19h45 plantez-vous devant M6 qui vous facilitera ainsi la tâche. Les autres attendront gentiment devant France 3 le début de « Plus belle la vie » dès 20h10.

Lyon, le 3 septembre 2009.

02/09/2009

La liste

coffre-fort-ouvert.jpgLe mystère est entrain de s’épaissir concernant la fameuse liste de Woerth supposée recenser 3000 contribuables français qui ont planqué de l’argent en Suisse. Une première chose m’étonne. Alors que les services fiscaux français mènent, grosso modo, 4500 investigations fiscales l’an, tout laisserait donc croire que sur ces 4500, 3000 figureraient sur la liste de Woerth. Avouez que la chose serait inquiétante car, si les mêmes services, étaient en capacité de procéder à 10 000 enquêtes par an, autant dire que 7 ou 8000 noms se retrouveraient sur la liste.

Mieux, comment peut-on savoir que les fameux 3000 sont titulaires de comptes secrets sachant que par définition un compte secret est secret. Depuis quelques jours le sourire en coin du détective Woerth pouvait le laisser croire, comme si, histoire de se refaire une bonne image, les banquiers Suisses avaient donné le nom de 3 000 clients à Eric Woerth. Furibards, les autorités Suisses viennent de répondre en retournant un service gagnant digne de Federer. Jamais disent les helvètes, la France n’a demandé la moindre entraide ni la moindre demande de levée du secret bancaire.

L’autre explication qui circulait hier était qu’il n’y avait pas du tout de liste, Woerth étant le roi du bluff. Dans ce méli-mélo une autre solution semble plus que plausible. Vu le nombre de collaborateurs licenciés par les banquiers suisses depuis quelques mois, il pourrait-y en avoir un (ou plusieurs) susceptibles de l’avoir en travers de la gorge.

C’est donc ainsi que les 3 000 noms auraient été transmis aux autorités fiscales françaises.

Je dois vous avouez que cette hypothèse est crédible car, s’il y a bien une spécialité que l’on pratique parfois dans ce pays avec un art que beaucoup arrivent à nous envier, c’est bien la délation.

Lyon, le 2 septembre 2009.

Photo: DR

01/09/2009

Primaire

Organiser des « primaires » l’idée nous vient d’un »think tank » Terra Nova en l’occurrence et le « think tank » semble  être la formule magique découverte par la gauche qui se veut moderne mais est surtout un brin bobo-caviar pour s’approprier la pensée et laisser au militant le soin de coller des affiches, arpenter les montées d’escalier et se faire engueuler par les électeurs. La formule magique nous viendrait des USA labellisée par le succès de Barak Obama. Seulement voilà l’Amérique a son histoire et nous la notre et la démocratie américaine n’a jamais réussi à s’imposer ailleurs, ni par la force des baïonnettes, voir l’Irak, ni par les fonds dispensés, voir le plan Marshall. Et puis aux Etats Unis, Etat continent s’il en est, les primaires se déroulent dans chacun des deux camps et les « petits » partis en sont exclus.

Alors si les primaires consistent à faire désigner le candidat socialiste de 2012 par les adhérents et au-delà les sympathisants socialistes qui se déclareront comme tel, pourquoi pas ? ce serait sans doute une belle ouverture démocratique et un excellent baromètre. Mais il ne faut pas négliger le chantier que cela représente et il faudra un certain doigté pour que ce temps là ne se déroule pas au détriment de la vie politique du moment. Mais pour nos penseurs les primaires sont « ouvertes » à toute la gauche et même à tous les opposants à Sarkozy, Modem compris. Comme si l’on pouvait créer le bi-partisme en France par le biais magique de « primaires ». Or la démocratie française a aussi son histoire plus ancienne que celle de states, même si ce n’est pas un argument, et l’on effacera pas les sensibilités de ce pays par le  biais d’une idée, forcement géniale, de la rive gauche parisienne.

Des « primaires « de ce type serait sans aucun doute un merveilleux cadeau à Nicolas Sarkozy. Quelle cacophonie, en effet, que de vouloir faire choisir des opposants plus ou moins bien identifiés entre la pléiade de candidats socialistes, celui des verts, du PCF ou encore entre Melenchon, J.M Baylet ou François Bayrou. D’autant que ce dernier n’a rien à faire dans une opération où il jouerait sur un coup de dès sa chance d’être présent au second tour. Et ce tour de chauffe mobiliserait toute l’opposition dans une action intériorisée qui laisserait des semaines durant la champ libre à Sarko. Lequel d’ailleurs ne se priverait pas de vanter l’unité de sa majorité fermant ainsi la porte à toute candidature alternative à la sienne à droite.

Non, décidément, les « primaires ouvertes » sont la vrai fausse bonne idée qui ne pouvait sortir que de quelques crânes d’œuf toujours réfractaires au bon sens. Dans l’histoire de la démocratie française les « primaires » s’effectuent lors du premier tour d’une élection où, selon le bon sens populaire, on choisit alors qu’au deuxième on élimine. C’est peut-être primaire mais il serait sage d’en rester là.

Philippe Dibilio

 
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