Avertir le modérateur

26/10/2010

Pestilence, by Guerlain

9290-jean-paul-guerlain-recevra-la-legion-637x0-1.jpgFrance 2 a senti brusquement le remugle l'autre jour, lorsque Jean-Paul Guerlain, 73 ans, en pleine promotion de son dernier grimoire, s'est rendu coupable d'une odieuse confidence, furtivement lâchée comme une flatulence à peine honteuse et dont on sentait bien qu'il l'avait fermentée en lui depuis belle lurette : "Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin... ». Chacun aura compris que le mot nègre ne renvoie pas ici à l'acception littéraire du terme qui a fait la fortune de la moitié des membres de l'Institut.

Et lui, sans connaître la moindre interruption de la part d'une Elise Lucet d'ordinaire plus loquace et sans doute affriolée par la réputation et le complet veston du doyen des nez, de continuer son autopromotion, sans rougir, refermant comme il l'avait ouverte, la bonde de son dégazage sauvage.

Soudain, celui qui passait encore pour un vieux galant ayant passé toute sa vie à embaumer la gent féminine d'effluves orientaux et musqués s'est révélé empuanti au public comme une de ces vieilles bouteilles que l'on rêvait exquise et qui, une fois ouverte, ne saurait dissimuler plus longtemps qu'elle est outrancièrement bouchonnée.

Soudain, Guerlain a laissé entrevoir sa France intériorisée et imaginaire : une France "monochrome", nostalgique d'un monde colonial qui fleurait comme baume la douceur de vivre et la main d'œuvre aussi pléthorique que corvéable.


Mais le gâtisme n'explique pas tout de cette apnée dans les pires expositions coloniales. La droite sans gêne, dite "décomplexée", accompagnée parfois par une gauche rancie, dite "septimaniaque", charrie depuis plusieurs années un flot d'immondices qui incommoderait Gobineau lui-même. Lorsque qu'un chef d'Etat, investi du suffrage populaire, déclare de l’homme africain qu'il "n’est pas assez entré dans l’Histoire" et que "le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance, dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès", il rend possible l'idée d'un racisme ordinaire sur lequel ne pèserait aucune condamnation, aucun interdit moral. Il autorise, en pyromane zélé, Guerlain à déverser sur nos antennes la flasque nauséeuse d'une essence délétère.

Après Pascal Sevran qui voulait stériliser la moitié de l'Afrique, Eric Zemmour qui rêverait d'envoyer préventivement en taule l'autre moitié, Georges Frêche qui broyait du noir en regardant jouer l'équipe de Football, Brice Hortefeux qui est devenu certain du péril bougnat, Jean-Paul Guerlain vient d'être admis par cooptation dans le club très fermé de la Société des Amis des Noirs. Le Grand Chancelier de l'Ordre de la Légion d'Honneur serait bien inspiré de demander à JPG de rendre la breloque sur canapé qu'il arborait triomphalement au moment même où il écumait d'abjection.

Chacun aura remarqué que les paroles du père Guerlain ont été unanimement condamnées par les associations dont c'est l'objet moral, dans le silence assourdissant d'une classe politique en l'espèce curieusement discrète.

"Il a été décidé qu'on reparlerait, dès les petites classes, d'éducation civique, d'honnêteté, de courage, de refus du racisme et d'amour de la République. Il est dommage que l'école ne soit fréquentée que par les enfants." (André Frossard).

Stéphane Nivet

Photo: DR

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu