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31/08/2010

Roms

Kouchnerizroms.jpgLes premières expulsions de camps de Roms dans notre région ont eu lieu. On entend peu nos élus à part la récente déclaration de Gérard Collomb sur Europe 1. Du style : "de la fermeté, et en même temps de l'humanité". C’est presque du Besson dans le texte (pas celui des aires obligatoires pour les gens du voyage, mais celui de la question fumeuse sur l’identité nationale).

Certes, le premier des Strausskaniens lyonnais, après avoir dit "Il faut qu'il y ait des expulsions", a heureusement ajouté "un certain nombre d'entre eux peuvent être intégrés dans nos villes; il faut le faire, et je dis au ministre de l'Intérieur que je suis prêt à le faire avec lui"… C’est un peu court jeune homme et l’on pouvait dire bien d’autres choses en somme…

Je crains fort que, le nez sur les sondages récents, nos élus ne soient trop polarisés par leur volonté de montrer que la gauche n’est pas laxiste au contraire du refrain entonné ad nauseam par la droite. Et étant ainsi polarisés, ils n’entrent, parfois à leur corps défendant, dans le jeu débile et mortel  de la désignation des boucs émissaires.

Je ne sais pas toujours distinguer un étranger d’un bon vieux Français de souche (aujourd’hui, même les gens du voyage rappellent qu’ils sont Français et qu’ils ne veulent pas être confondus avec les Roms), un bon Européen d’un Européen indésirable. C’est certainement un vieil accès d’angélisme soixante-huitard, mais mon cerveau un peu lent a du mal à croire  que les 1500 à 2000 Roms qui squattent et bidonvillent notre belle ville créent une situation si inacceptable qu’elle conduit à dresser de nouvelles frontières.

Certes, l’insuffisance de logements sociaux ne facilite pas le logement de ces familles qui dans leur immense majorité ne demandent qu’à se sédentariser (et dont les enfants sont très souvent scolarisés). Fallait-il soutenir, voire demander, des expulsions qui ne font que rajouter de l’errance à l’errance, du squat au squat et de la misère à la misère ?

Re-certes, la solution est européenne et roumaine, mais fallait-il céder à la manipulation ? Il suffisait d’entendre Gollnisch l’autre jour agiter les vieilles peurs de l’Autre et parler de centaines de milliers de Roms à nos portes pour se rendre compte qu’à mettre les mains dans la boue que remue ce gouvernement elle allait nous polluer tous au plus profond.

Alors, en attendant une éventuelle solution roumaine et européenne qui de toute façon prendra quelques années, pourquoi ne pas mettre en place des sites d’hébergement dédiés aux Roms pour 50 ou 100 personnes ? Le préfabriqué, l’eau et l’électricité sur des terrains aménagés, sont encore dans les moyens d’une société comme la nôtre, fut-elle en crise, et cela permettrait d’attendre que la situation des expulsés de camps illicites soit régularisée… Et, pour en finir avec les idées reçues sur les Roms :

> voir l’exposition « Voyages pendulaires, des Roms au cœur de l’Europe » avec les photos de Bruno Amsellem au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon ;

> lire l’excellent article de Laurent Burlet dans LyonCapitale (www.lyoncapitale.fr/lyoncapitale/journal/univers/Actualit...)

Jean-Paul Schmitt

Commentaires

Comment peut-on encore s'imaginer, connaissant l'histoire humaine, que le racisme est une forme de maladie ou de peur.
Il n'est qu'un réflexe de survie que développent des groupes humains dont les coutumes et habitudes de vie sont remises en cause par l'arrivée progressive ou massive de communautés différentes.
Le mélange des cultures est un mythe que cultivent les adeptes de la pensée unique pseudo-humaniste (la municipalité de Lille a demandé en juillet l'expulsion de roms).
La tolérance est une frontière... L'intolérance en est le franchissement.
Les animaux comme les humains défendent un territoire. Tout n'est que proportions des forces en présence qui finiront par s'affronter.
Le livre de R. Matheson:"je suis une légende" illustrant parfaitement ce problème d'inversion des proportions.
Mélanger l'huile et le vinaigre n'est que temporaire, il suffit d'attendre un peu pour les voir naturellement reprendre leur position originelle!
Il ne suffit pas de dire : "il faut lutter contre le racisme" pour le voir disparaître.
L'intégration ne peut se faire qu'à travers une acceptation de nos coutumes et même si elle fut difficile (ma mère venait de Sicile) certains immigrants (espagnols, portugais, italiens, polonais) possédaient les mêmes modes de pensée et ont finit par se fondre dans notre diversité française.
Comment croire un seul instant que ce sera identique pour certains musulmans et autres communautés à peine sorties d'un moyen-âge culturel?
Cultiver la différence génère le racisme.
L'antisémitisme naît du cloisonnement religieux et des mariages forcés (entre eux), des clans professionnels particuliers liés au clientélisme communautaire limitant l'accès à d'autres couches de population et qui, ironiquement, font penser à l'obsession nazie de la race pure!
Les laids envient les beaux
les pauvres jalousent les riches
les idiots voudraient être intelligents
les gros désirent la minceur
Que de bonnes raisons de se haïr les uns les autres!

Écrit par : geslin | 31/08/2010

"Je ne sais pas toujours distinguer un étranger d’un bon vieux Français de souche (aujourd’hui, même les gens du voyage rappellent qu’ils sont Français et qu’ils ne veulent pas être confondus avec les Roms), un bon Européen d’un Européen indésirable"
Avec tout le respect du à un article de qualité je pense que vous vous trompez de problème. Il ne s'agit pas de distinguer un étranger d'un français de souche, mais simplement un français d'un étranger, ce qui en terme juridique a une différence. Pour les européens, on pourrait aussi distinguer ceux qui respectent la loi du pays d'accueil et ceux qui ne le font pas.
Cela dit, je suis bien conscient du problème humanitaire, idéalement, il faudrait bien sur pouvoir proposer à tous ces étranger dans la misère un logis, et de l'argent pour pouvoir vivre décemment.
Comment trouver l'argent ? Si seulement on pouvait le prendre la ou il est..
Bien cordialement,
Frédéric

Écrit par : frederic | 01/09/2010

Merci pour la remarque à propos des Français de souche.

Il n’y a pas en effet dans la « revendication » des gens du voyage – dont soit dit en passant je respecte le choix de vie et regrette l’insuffisance des aires qui devraient être mises à leur disposition – de notion de Français de souche. Par ailleurs, les Roms français existent. Ils souffrent également du non respect par la France de ses propres lois concernant l’obligation de mise en place d’aires adéquates pour l’installation des gens du voyage.

Concernant l’aspect juridique du problème, il y aurait beaucoup à en dire. Ne serait-ce qu’en ce qui concerne l’occupation illicite de terrains publics ou privés par les Roms. Il ne s’agit pas là de délinquance, puisqu’au pire, dans le cas d’occupation d’un terrain public, ces faits sont punis d’une contravention de grande voirie (je vous suggère de lire à ce propos l’excellent blog de Maître Eolas en date du 28 août dernier). Quant aux statistiques de vol à l’étalage ou de vol à la tire où à l’arraché récemment citées par le ministre de l’Intérieur, elles sont pour le moins discutables (comme on ne peut ethniciser de telles statistiques il cite la nationalité des délinquants en confondant ce faisant – et à mon avis pas innocemment - Roumains et Roms : tous les Roumains ne sont pas Roms et tous les Roms ne sont pas Roumains). Plus discutable : ces statistiques proviennent des services de police eux-mêmes et sont donc davantage des chiffres d’activité policière (y figurent par exemple les personnes qui ont par la suite été blanchies de ce dont elles étaient soupçonnées), chiffres qui parfois servent à argumenter pour obtenir des moyens supplémentaires.
Par ailleurs les sources montrent également que les étrangers sont moins en cause au fur et à mesure que la gravité des actes de délinquance progresse.

Et que dire du rapport du comité européen sur les droits sociaux de 2009 qui définit « le droit à un abri adéquat pour les enfants en situation irrégulière sur le territoire d’un État aussi longtemps qu’ils relèvent de sa juridiction (et sur) l’interdiction de les expulser de l’abri car cela les priverait de toute défense et serait contraire au respect de leur dignité humaine » ?

Tout cela pour attirer l’attention sur le fait que même si nous nous situons sur le plan du droit, la façon systématique utilisée pour ces évacuations suivies d’expulsion souvent, sans l’examen individuel des cas que préconise la loi, pour ne pas parler des abus de brutalité, il reste beaucoup à dire.

Rien ne semble justifier la montée nauséabonde des expulsions de Roms, fut-ce l'état du droit. L’ONU ne s’y est pas trompé.

Écrit par : Jean-Paul SCHMITT | 02/09/2010

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