Avertir le modérateur

26/05/2010

Pleure Margot !

Pleure Margot!.jpgUne de mes amies, enseignante à Villiers le Bel, vient de m’adresser un courriel de colère : une fois de plus, les médias – de droite comme de gauche – traitent de la vie des gens en choisissant de colorer la vie de peur et d’angoisse, plutôt que d’en montrer aussi la lumière :

« Bonjour à tous,

J'aime peu cet exercice du mail collectif mais il m'apparaît nécessaire aujourd'hui de contrecarrer les médias, de donner une autre parole sur le quotidien des personnes qui vivent, aiment, apprennent, travaillent, désespèrent, se recroquevillent, dans cette ville de Villiers le Bel.

Hier après-midi une de mes élèves de 5° a été poignardée par une autre du même âge. Elle n'est plus en danger, les professeurs titulaires d'un brevet de secourisme sont intervenus très vite, le SAMU et les pompiers ont suivi. Puis la police : interrogatoire pour ces petits témoins de 11 - 12 ans, reconstitution de la scène, photos, etc. Quadrillage du quartier pendant la soirée. Ce matin cellule d'écoute, présence de la police, du recteur. Et, et c'est là le problème, des télévisions.

Nous, professeurs, artistes, éducateurs, historiens, associations, travaillons au quotidien à dénouer comme nous le pouvons tout ce qui peut être porteur de violence, nous tentons par divers dispositifs de libérer la parole, d'affiner les sensibilités. D'apporter le savoir que nous avons reçu en tant que spécialistes de nos disciplines, en cherchant à le faire s'entrechoquer avec celui encore embryonnaire et fruste des jeunes, pour que nous grandissions tous en intelligence. Je dis nous tous, parce que ces enfants et adolescents, tout engoncés dans leur mal-être, les influences qu'ils subissent de la part de groupes parfois violents et sectaires, dans leurs rancoeurs vis-à-vis des représentants de l'état, sont pour beaucoup des intelligences vives et qui nous bousculent, nous évitent la sclérose mentale et morale.

Bref, on bosse, oui, nous les faignasses de fonctionnaires avec nos 4 mois de vacances par an, et notre étendard c'est ça : "Tout ce qui travaille au développement de la culture travaille aussi contre la guerre". Einstein à Freud.

Malheureusement les émeutes de 2007 et tout ce qui s'en est suivi ont déjà émoussé de façon frappante la motivation des élèves, leur désir de se construire un avenir. La violence des événements ne fut pas la seule responsable. Le "travail" ravageur des médias sur l'image donnée à toute une population y est pour beaucoup. On devrait revoir le terme d'"objectif" d'appareil photo ou de caméra. Derrière la lentille il y a un journaliste, et derrière lui un directeur de presse, derrière encore des politiques, eux aussi largement engoncés dans leurs représentations, leur tour d'ivoire intellectuelle d'"élite" française, et leurs luttes de pouvoir et d'influence.Lorsque nous avons créé, patiemment, des ateliers, des événements culturels fortement mobilisateurs pour les jeunes et dans lesquels ils se déployaient, commençaient à prendre leur place d'individu et de citoyen, et que nous avons convié les médias pour rendre compte de cette réalité concrète et positive, pas un seul n'est venu. Pas même la presse de gauche. Le Canard Enchaîné est allé se planquer.


Mais elles étaient là, aujourd'hui, les caméras de France 2 et France 3, pour parler de ces deux fillettes, saisir à la volée des paroles d'enfants, et réitérer leur travail de sape, de chacal. Ghettoïser un peu plus la ville, le quartier, dire qu'on vit dans un société de fous. Mais ils la fabriquent largement par les images qu'ils diffusent, cette barbarie. Jusqu'où va-t-on plonger dans le cynisme ?

Pardon de déballer comme ça ma colère, mais les interlocuteurs nous manquent au sein de l'éducation nationale qui puissent prendre la mesure de tout ça et apporter une réponse d'ampleur et pertinente. Au moins, si nous, les collègues, nous pouvons dire autour de nous, c'est déjà pas mal, pour ne pas craquer, emprunter une kalach dans la cité d'en face et exploser les caméras (non là je plaisante :) ).

Merci.

Anne »

Dans les rédactions, « couvrir la banlieue » à quarante ans passés est considéré comme un échec professionnel ; pas noble comme la « Politique », la « Culture » ou l’« Économie ». Dans les services « Société », les spécialistes des faits divers sont les « virils » en contact avec la police et la justice, tandis que les autres… des « maternels » (au Parisien, le service « vivre mieux » est surnommé « le service des mamans »). Les services « Faits divers » imposent ce qui fait l’événement, en banlieue comme ailleurs. Au sein des entreprises de presse, c’est le règne des techniques de management ; à la télévision notamment, totalement soumise au dictat de l’audience. Il faut garder de la disponibilité de cerveau pour les marchands de coca-cola.

Vive le journalisme « professionnel » ! Adieu au journalisme « engagé » ! Donnez-nous des « tranches de vie » pour faire pleurer Margot et foin des analyses de portée générale ! (www.revue-medias.com/les-banlieues-un-enjeu-mediatique,59...).

Plus personne ne s’intéresse aux trains qui arrivent à l’heure. Donnez-nous notre foin quotidien : ruminant, l’œil et le cerveau repus, nous les regarderons passer.

Jean-Paul Schmitt

Commentaires

Finalement, ces professionnels engagés sont de vériatbles "soldats du feu" . Pour reprendre une idée chère à Philippe VAL (au temps où ses convictions responsables lui évitaient de confondre le compromis avec la compromission ):
Le 14 juillet , ce sont les éducateurs, les professionnels investis dans les quartiers, les enseignants, etc... qui devraient défiler en lieu et place des militaires...

Écrit par : TORBEN | 26/05/2010

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu