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24/02/2010

Chicaneries

tp_20091013_1832-360k-1.jpgPlutôt que de se terminer en gag, dans l’affaire Frêche, chacun tente de trouver à la situation une issue acceptable. Terminées les grandes envolées morales des coupeurs de tête Montebourg et Bartolone, place au pragmatisme. On se dirige donc vers une sorte de « suspension temporaire » des amis du Président de la région Languedoc-Roussillon, autrement dit pour reprendre certaines formulations solfériniennes, vers une exclusion suspensive et provisoire des supposés exclus. Même Razzy Hammadi, poète officiel du clan Hamon, est atteint de coolitude, il dit que « le feuilleton maintenant devient ridicule ». C’est dire !

Hier, en se rendant à Montpellier, Gérard Collomb a judicieusement placé cette affaire sudiste au regard des enjeux nationaux qui sont face à la gauche. « Il faudra être tous rassemblés » a indiqué le Maire de Lyon car, a-t-il ajouté, « c’est comme ça qu’on peut gagner demain et non en s'enfermant dans les petites chicaneries qui réduisent, rabaissent la politique ».

Comme un fait exprès, c’est également hier que Collomb parmi 16 autres personnalités socialistes qui lançaient un appel intitulé « Faire converger la gauche », publié dans Libération. Cette vaste coalition suggérée par nos 17 élus est la condition d’une victoire lors de la présidentielle de 2012 et des législatives à suivre. Voici ce texte qui porte des exigences dont la gauche toute entière ne saurait s’exonérer à l’avenir.

"Faire converger la gauche

La gauche et singulièrement les socialistes doivent être les artisans d’une vaste coalition de progrès. L’heure n’est pas à la division, à la collection narcissique des différences et encore moins au sectarisme. Nous aurons à faire des choix qui marqueront notre véritable entrée dans le XXIe siècle. Nous n’avons pas à traverser une mer calme ; les vents sont contraires, souvent violents et des économies entières et même des Etats menacent déjà de faire naufrage. Le monde globalisé est une addition de mondes fragmentés. Le fiasco de Copenhague est symptomatique des limites de la gouvernance du monde.

Comme toujours dans ces périodes d’épreuves, il faudra faire l’inventaire du principal et de l’accessoire. Que ce soit sur la question essentielle du maintien des retraites, de l’emploi et de la formation, du droit des salariés à un patrimoine, du droit à l’éducation et de l’accès aux soins pour tous, de la prise en charge du grand âge comme de la sauvegarde de notre environnement, les défis à relever sont connus et immenses. Seule une puissante et large majorité politique pourra les relever. Si des adaptations de notre système social sont à accomplir, ce ne peut être que pour l’améliorer. On ne sauvegarde pas le progrès au prix d’une régression marquée par la précarité des statuts et des revenus. Une réforme fiscale ambitieuse et équitable devra garantir l’effort de tous et d’abord de ceux qui peuvent le plus. La solidarité n’est pas une punition. La mobilisation sociale exigée demandera une démocratie partagée. Une nouvelle République, appelons-la VIe, doit mettre un terme à l’hyperprésidence et instituer un véritable pouvoir parlementaire, donner enfin son indépendance à la justice et traduire le pluralisme des médias dans les faits, associer enfin les citoyens à la prise de décision publique.

Le temps n’est plus aux pusillanimités politiciennes, ni aux jeux d’appareils artificiels, ni aux polémiques dégradantes. Nous aurons besoin de l’énergie de tous.

Il faut s’unir ! Nous devons réfléchir et proposer, tous ensemble, enfin dégagés des rapports de force qui n’ont rien à voir avec l’exercice de la pensée. L’élection présidentielle de 2012 et l’élection législative doivent être gagnées par tous ceux qui souhaitent réformer la société, la gauche, toute la gauche, socialistes, radicaux, communistes, les écologistes, les démocrates du centre et jusqu’à ceux pour qui le gaullisme signifie le refus de la soumission de l’Etat aux intérêts particuliers. C’est la question démocratique qui détermine les alliances, pas l’inverse. La question démocratique gouverne la question sociale. Le dire ainsi rompt avec un confort du passé, devenu conformisme. Les régionales doivent être le banc d’essai de cette convergence pour que le rassemblement de toutes les forces au deuxième tour permette une victoire qui en annonce d’autres.

Signataires : Jacques Auxiette, Jean-Louis Bianco, Frédérique Bredin, Gérard Collomb, Thierry Coursin, Marc Daunis, Jean-Yves Le Drian, Vincent Feltesse, Aurélie Filippetti, Gaëtan Gorce, Jean-Pierre Masseret, Jean-Pierre Mignard, Jean-Jack Queyranne, François Rebsamen, Thierry Repentin, Monique Saliou, Gilles Savary, Jean-Marc Todeschini."

Lyon, le 24 février 2010.

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