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17/12/2009

Laboratoires

drapeau-chili.jpgCertains se souviennent probablement de l’époque où le Gouvernement d’Unité Populaire conduit par Salvador Allende faisait office de laboratoire pour la gauche française. C’était l’époque où l’on expliquait aussi que l’armée chilienne était la plus légaliste du monde. On connaît la suite. Grève des camionneurs. Coup d’état de Pinochet et de ses généraux barbares appuyés par Washington. Allende martyr. C’était un 11 septembre, celui de 1973. Très vite les militants et élus de gauche étaient pourchassés, torturés, assassinés. La nuit noire s’abattait sur le Chili.

Plus de 25 ans après ces horreurs, le Chili, est à nouveau à la « une » des gazettes européennes mais pour des raisons fort heureusement bien différentes même si ce qui se joue actuellement là-bas mérite quelques commentaires. Michelle Bachelet quitte la présidence forte d’une côte de popularité à faire pâlir les trois-quarts de la planète démocratique. La dirigeante socialiste est en effet créditée de plus de 75% d’opinions favorables. Impressionnant. Cette performance ne doit pourtant pas masquer la situation politique livrée par le premier tour de l’élection du successeur de Michelle Bachelet.

Arrivé en tête avec 44% des voix, Sebastian Piñera est une sorte de Berlusconi local, propriétaire de médias et du Colo-Colo, le grand club de football professionnel. Un milliardaire qui en appelle « au changement » tout en traînant dans ses valises les héritiers de Pinochet. En face de lui, à plus de 15 points, Eduardo Frei, l’ancien président et champion du courant démocrate-chrétien. Et la gauche dans tout cela ? Elle est incarnée par l’ex socialiste Marco Enriquez, le fils du Fondateur du MIR, Miguel Enriquez, assassiné par la dictature en 1974. Avec 20% des voix, donc non qualifié pour le second tour, Enriquez refuse d’appeler à voter pour l’un ou l’autre des candidats en lice pour ce deuxième tour. Le Chili est donc à un carrefour important de son histoire politique.

Me méfiant par principe de ceux qui proclament régulièrement l’émergence de laboratoires aux quatre coins de la planète et singulièrement quand il s’agit du Chili, constatons tout de même que la responsabilité de Marco Enriquez est importante dans cette affaire ce d’autant qu’un tiers de ses électeurs seraient disposés à voter pour Frei. Positionné à gauche, militant de la réforme fiscale, favorable à une évolution de la constitution votée sous Pinochet, décidé à mettre en œuvre de profondes réformes sociales, mes sympathies vont bien entendu à ce jeune candidat qui commence à se construire une véritable assise populaire en particulier parmi les jeunes du pays. Cela étant, Enriquez en refusant pour l’instant de choisir, est lui aussi à la croisée des chemins même si nous comprenons qu’à la tête d’un premier capital non négligeable il peut se dire que l’avenir est devant lui. En attendant, si au terme du second tour, le milliardaire Pinera était élu, rien n’indique que sa victoire serait sans lendemain et que des jours meilleurs seraient automatiquement réservés à Enriquez. Si Pinera s’avérait être ce « Berlusconi de Santiago » il conviendrait tout de même de rappeler à la gauche chilienne que l’Italien domine peu ou prou la vie politique de la péninsule depuis des lustres malgré ses frasques, ses alliances nauséabondes et une politique honteuse.

Lyon, le 17 décembre 2009.

Commentaires

Pourquoi la si populaire Bachelet n'a pas pu persuader les Chiliens de poursuivre l'expérience de la Gauche ? Pourquoi les Ignobles Pinochetistes sont en tête ?????

Un "rale-bol" du bobotisme, peut être ?
La façon d'éliminer Berlusconi à coup de statue est elle démocratique ?

Écrit par : Pourquoi | 19/12/2009

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