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20/08/2009

S comme « Sixties »

thumb_S_2.jpgSi jusqu’à présent, vous fondiez votre connaissance de l’effervescence hippie des années soixante à partir des œuvres de Johnny Hallyday, Maxime Le Forestier ou de « Hair », il est grand temps de passer à autre chose ce d’autant que l’on commence à mesurer l’importance de cette période 1966-1968 et à évaluer les imbécilités véhiculées depuis à son propos.
La lecture de deux ouvrages s’impose donc pour mieux connaître ces quelques mois plus funestes que l’on se plait souvent à croire. Le premier, « Les Diggers », écrit par Alice Gaillard fait le point sur cette courte période qui va perturber sévèrement le quartier de Haight Asbury à San Francisco en centrant son étude sur l’un des mouvements les plus intéressants né dans les mid-sixties californiennes. Le second est un recueil de chroniques de la journaliste (Gonzo !) Joan Didion que Grasset vient opportunément de traduire et qui concerne bien des affres de l’Amérique de l’époque.
Alice Gaillard, l’auteur de cette petite saga des « Diggers », groupe radical et utopiste qui fût la principale composante de l’agitation hippisante de ces sixties retrace avec précision et sens de la perspective un mouvement largement ignoré de ce côté de l’atlantique et inspiré par Emmett Grogan. Partisans de ce que l’on appellerait aujourd’hui le théâtre de rue, maîtres de l’agit-pop , les Diggers, loin du cliché hippies colporté jusqu’ici par la grande presse était une sorte de réseau actif et solidaire, en particulier par la mise en place de soupes populaires, mais aussi une sensibilité utopiste et alternative majeure dans l’histoire de la contre-culture américaine née dans les années soixante. Ce petit livre efficace et documenté de Alice Gaillard est accompagné d’un DVD du documentaire co-écrit par l’auteur et intitulé « Les Diggers de San Francisco », façon utile et agréable d’accompagner ou de précéder la lecture d’un bouquin publié aux Editions de l’Echappée.
Avec la publication des chroniques de la journaliste Joan Didion publiées par Grasset on couvre une période beaucoup plus ample (1965 – 1990). Cette pionnière du « nouveau journalisme » y décrit, parfois de manière quasi chirurgicale, cet underground californien avec son lot de drogue, de violences et d’errance de ce qu’elle nomme « les enfants perdus ».
Johan Didion.gifLoin de la légende douce-heureuse du flower-power, Joan Didion nous conduit en apnée vers un haight-Asbury qui ressemble parfois à l’enfer pour des mômes perdus. Le grand intérêt de ces chroniques est également de nous entraîner à la découverte, en direct « live », de l’Amérique de Charles Manson, de Jim Morrison, des Black Panthers et à la rencontre d’un John Wayne à l’article de la mort. Celle d’un monde, si ce n’est à la renverse, au moins à la bascule qui s’abîme aussi aux confins du New York de la fin des années quatre-vingt.
Bref une plongée incomparable dans les recoins parfois très noirs de la mythologie américaine au travers de textes écrits à chaud par une exceptionnelle journaliste. Un vrai témoin.
> Alice Gaillard, « Les Diggers, révolution et contre-culture à San Francisco (1966-1968) », Editions l’Echapée, 20 euros, CD compris.
> Joan Didion, « L’Amérique (1965-1990) – Chroniques », Grasset, 19 euros.

Lannemezan, le 20 août 2009.

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