Avertir le modérateur

31/07/2009

H comme « Heureux au jeu »

H.jpgIl est parfois bien difficile de s’y retrouver dans la production d’un auteur prolixe dont nous ne bénéficions des traductions avec un grand décalage. Avec le dernier Lawrence Block, Le Seuil nous propose en fait un roman paru aux Etats-Unis en 1964 sous le titre de « The sexual shuffle » et sous le pseudonyme de Sheldon Lord. Autant vous dire que cet « Heureux au jeu », définitivement signé Lawrence Block, est à placer dans la préhistoire de l’œuvre du New Yorkais même si le roman en question n’est en rien un fond de tiroir.

Cela étant en moins de 200 pages, le jeune auteur débutant trousse alors une histoire, on disait à l’époque un suspense, bien verrouillée et de bonne facture. Sur fond de poker et d’arnaque, pour récupérer un magot, le joueur et tricheur professionnel William Maynard va échafauder un stratagème assez dingue qui a pour conséquence de tirer par le bout du nez le premier lecteur venu.

9782020965767.jpg

Parmi la bonne quarantaine de polars publiés par l’américain ce « heureux au jeu » est une belle mécanique même s’il ne s’avère pas comme le plus éblouissant. Il n’empêche, en environ trois bonnes heures de chaise-longue, écluser ce roman à l’ancienne est chose agréable. Comme il est probablement certain que la Maison de la Presse de votre coin de villégiature ne vous offre pas un choix démesuré de bouquins, sachez que ce Lawrence Block sera un compagnon sûr entre sieste et apéro.

  • Lawrence Block, « Heureux au jeu », Le Seuil, 11,50 euros.

Lyon, le 31 juillet 2009.

30/07/2009

G comme « Guillon »

G 1.jpgStéphane Guillon est sans conteste un des hommes de l’année. Avec sa sortie sympathiquement intempestive sur DSK, le chroniqueur de France Inter s’est taillé une réputation encore plus sulfureuse qu’il n’osait l’imaginer le rendant ainsi quasi indéboulonnable. Il faut dire que le Président de la République a fait savoir à qui voulait l’entendre que l’animateur était une véritable plaie. De quoi nous rendre définitivement sympathique un type qui fait pourtant tout pour ne pas l’être.

Canal Plus éditions publie cette année dans la collection de poche « Points » « Stéphane Guillon aggrave son cas » une sorte de florilège des chroniques revues et corrigées pour l’occasion. Ce petit bouquin subdivisé en chapitres comme « Les mauvais coucheurs », « Les protégés », « Les nazes » ou « Les enfants de star » s’avère une compilation hygiénique et jubilatoire qui, à la différence des chroniques que nous écoutons parfois l’oreille distraite, démontre que Guillon écrit bien. En guise de séance de rattrapage voici quelques-unes des exécutions capitales de celui qui empêche parfois Nicolas Sarkozy de dormir.



  • « Stéphane Guillon aggrave son cas », Canal Plus éditions, Points Poche, 6,50 euros.

Lyon, le 30 juillet 2009.

NB: Stéphane Guillon sera à la Bourse du travail le vendredi 27 novembre 2009. Renseignements sur www.lesdernierscouches.com

29/07/2009

F comme « Fogg (Phileas) »

F 2.jpgVoilà un « tour du monde en quatre-vingt jours » qui aura mis vingt ans à être traduit en français. Ce voyage au long cours inspiré de Jules Verne est particulier puisque c’est celui de l’ancien Monty Python Michael Palin. Palin c’est le bègue dingo d’ « Un poisson nommé Wanda », le tortionnaire de « Brazil », un des complice de Terry Crilliam. Autant vous dire le haut-niveau. Cela étant, et je m’adresse particulièrement aux fans inoxydables des Monty Python, ce bouquin fruit d’un défi lancé par la BBC n’est en rien un remake de « Sacré Graal ». Nous sommes en 1988, la chaîne anglaise expédie Michael Palin (et une équipe encombrante) sur les traces de Phileas Fogg. Au retour un film, jamais vu de ce côté-ci de la Manche, et un bouquin que les éditions Hoebeke viennent de rendre accessible aux lecteurs français.

Charmant, parfois drôle, toujours agréable ce « tour du monde en quatre-vingt jours » nous entraîne du Reform club à Londres le 25 septembre, 115 ans après celui de Fogg, pour se terminer le 12 décembre suivant, c'est-à-dire 79 jours et sept heures plus tard, à 16h55 à nouveau au « Reform club » après une rapide descente de Régent Street. Entre temps, via Alexandrie, Madras, Guangzhou, Aspen et le Havre, Palin avec une plume alerte et délicieusement anecdotique se révèle être un excellent tour opérator par procuration. Vous ne partez pas ou seulement pour quelques jours en vacances, ce « tour du monde » sera, promis juré, un compagnon idéal de vos parcours en métro, tram et TER. De chapitre en chapitre vous y rencontrerez ce vendeur d’un grand magasin de Tokyo qui s’excuse de la demi-heure que prendront les retouches de deux pantalons, cet homme croisé au Taj Hôtel qui propose à Palin une femme parmi 50 000 autres, le tailleur Sam de Hong-Kong qui en sept minutes prend des mesures pour une veste, un pantalon et une chemise. Ports, douanes, ferry, train, bateaux se succèdent et emportent le lecteur dans cette course sur les pas de Phileas Fogg.

849107985_M.jpgIl existe des milliers de bouquins de voyages. Certains sont prétentieux, d’autres superficiels. Celui de Michael Palin est à mi-chemin mais toujours agréable, ce qui n’est pas la plus mince des qualités.

  • Michael Palin, « Le tour du monde en 80 jours par un Monty Python », Hoëbeke, 2209, 22,50 euros (traduit par Béatrice Vierne)

Lyon, le 29 juillet 2009.

28/07/2009

Fraises d’Espagne

F 1.jpgC’est en Espagne, paraît-il, que les fraises d’Europe sont le plus cultivées. Et cela ne date pas d’hier.

Je sais que vous vous dites que je vais ramener la mienne de fraise et gâcher vos vacances à Ibiza ou sur la Costa Brava en remâchant des propos déjà entendus. Je sais que vous savez tout à propos de ces fruits qui envahissent régulièrement nos marchés et qui sont beaucoup moins bons que nos Gariguettes de France, bien plus coûteuses, bien moins goûteuses, autrement plus polluantes avec leur bromure de méthyle à effet de serre et leur transport non payé au juste prix de pollution, etc…

Pardon, mais j’avais seulement envie de vous parler des fraises que l’on voit sur les portraits réalisés par quelques-uns des grands maîtres tels Rubens et autres Vélasquez.

Chez Rubens, par exemple, je voulais vous faire admirer la perfection de la fraise sur la robe de l’Infante Clara Eugenia ou celle qui est sur l’habit de ce jeune homme qu’il a peint alors qu’il avait à peine vingt ans. Je voulais vous convaincre que les touches qu’il utilise pour rendre délectable ce col-fruit y sont autrement plus frémissantes que les brumes de chaleur du parc national de Donana où la terre se meurt des excès de la culture folle.

Velasquez.jpg

Je pourrais aussi vous parler des fraises de son disciple Van Dyck dans le portrait de Frans Snyders et de sa femme.

Ou encore et surtout des fraises espagnoles du plus grand parmi les grands : Vélasquez, dont les portraits sont remplis de cols à tarte de toutes sortes. Voyez les fraises de l’Infante Dona Maria, reine de Hongrie ou celles du portrait en pied de Philippe IV.

Mais, de vous à moi et au risque d’être un peu facile, je vous avoue que, fruits pour fruits, je préfère de loin l’émotion que m’offrent ceux du dos de sa « Vénus à son miroir ».

N’en déplaise aux suffragettes qui rêvent de taillader le seul nu que l’on connaisse de celui qui, comme le disait Francis Bacon, « a trouvé le parfait équilibre entre l’image idéale qu’on lui demandait de reproduire et l’émotion qui submerge le spectateur »

Jean-Paul Schmitt

27/07/2009

E comme « Eugène (Sue) »

E 2.jpgAmateur de beaux meubles, de bibelots exquis et d’un certain art de vivre encore rare à l’époque, Eugène Sue n’incarnait en aucune façon le monde décrit dans son chef d’œuvre « Les mystères de Paris ». Auteur dans un premier temps de romans maritimes, ce médecin et fils de médecin avait écrit parfois plus par nécessité que porté vers un véritable destin littéraire. C’est d’ailleurs après une douloureuse passe financière que Sue se remet à sa table d’écrivain et livre « Arthur », ce roman dont le héro est un dandy cynique qui cousine étrangement avec son auteur.

Requinqué financièrement, c’est en décrivant l’univers glauque des bas-fonds de la ville qu’Eugène Sue va signer son ouvrage majeur. Loin d’être un socialiste qui s’ignorait, c’est en écrivant « Les mystères de Paris » dira Dumas que Sue « se mit à aimer le peuple, qu’il avait peint, qu’il soulageait, et qui, de son côté, lui faisait son plus grand, son plus beau succès ».

« Les mystères de Paris » furent effectivement un très grand succès mais aussi un scandale permanent au fil de la parution du feuilleton.

En campant ce petit peuple, ces pariats et ces malfrats sans foi ni loi, Sue va apparaître comme peut-être le plus grand provocateur de ce siècle en matière de littérature. Tout le monde lira le feuilleton des « mystères », les bourgeois comme les illettrés qui se faisaient lire par autrui les pages du journal. Le pays se divisera à propos des « mystères » dont tout le monde attendait avec impatience « la suite au prochain numéro ».

Eugene Sue.jpg

Cet archétype du roman-feuilleton vient donc de connaître une nouvelle édition (une nouvelle vie ?) grâce à Quarto-Gallimard et à Judith Lyon-Caen qui supervise avec talent un texte et des annexes fort intéressantes. En accompagnant ces « Mystères de Paris » d’analyses qui s’interrogent fort justement sur la réelle portée politique et sociale du feuilleton mais aussi en reproduisant également quelques-unes des réactions de l’époque, ces quelques 1300 pages que je compte écluser avant de partir en voyage seront peut-être l’une de vos lectures de l’été. C’est tout le mal que je vous souhaite.

  • Eugène Sue, « Les mystères de Paris », Quarto-Gallimard, 26,90 euros.

Lyon, le 27 juillet 2009.

26/07/2009

E comme « Electricité »

E 1.jpgPlus que quelques jours aux retardataires pour aller parcourir la rétrospective d’Alan Vega au Musée d’Art Contemporain de Lyon. En effet le 2 août cette première manifestation autour de l’œuvre plastique du fondateur de Suicide disparaîtra dans les abîmes de nos mémoires et la possibilité d’admirer « Infinite Mercy (Lyon Altarpiece),» l’installation créée pour l’occasion avec du matériel de récupération en partie pris dans les soutes du MAC, retournera peut-être dans les caves embouteillées du même Musée.

Artiste plasticien dont l’œuvre était restée jusqu’ici dans l’ombre, Alan Vega fort de son aura de rock’n’roll star de l’avant-garde, aura bénéficié à Lyon d’une véritable reconnaissance. Ses installations qui manient le plus souvent la fée électricité surabondante dans les rues new-yorkaise rejoint d’une certaine façon la musique parfois bricolée de cet Elvis de Brooklyn. Se situant dans une lignée particulièrement « allumée » de l’Arte Povera, l’œuvre plastique de Vega est encore pour quelques jours à portée de regard. Les fans ont donc encore quelque opportunité pour faire le détour par Lyon, les autres risquent de le regretter longtemps.

  • « Alan Vega, Infinite Mercy », Musée d’Art Contemporain, Cité Internationale, 81 quai Charles-de-Gaulle, Lyon 6ème www.mac-lyon.com et 04 72 69 17 17

Lyon, le 26 juillet 2009.

25/07/2009

D comme « Davis (Miles) »

D 3.jpgCeux qui ont apprécié « Miles, l’autobiographie » signée Quincy Troupe et rééditée il y a environ deux ans ne doivent pas s’en tenir comme quitte. Un « Miles Davis », édité par le Castor Astral écrit par le même Quincy Troupe vient de sortir. Ce n’est en rien un digest ou un sous-produit de la célèbre biographie autorisée mais plutôt un prolongement nécessaire qui balise la fin des années quatre-vingt, Miles Davis rangeant définitivement sa trompette dans l’étui en 1991. Ce court ouvrage est donc à lire et en le parcourant on ne peut que se dire que, là-haut au paradis des musiciens géniaux, Miles doit continuer à emmerder tout le monde. Ici bas, le type était déjà pénible, limite tyran, et on se dit que dans le lounge douillet du secteur VIP du paradis des musicos, il y a probablement belle lurette que Miles Davis ne parle plus à personne. Qu’Hendrix l’évite, que Coltrane s’efforce de ne le croiser que par obligation, que Monk est aux abonnés absents. Seul peut-être Beethoven, toujours aussi sourd comme un pot, lui fait la conversation et Mozart, quant à lui, il est bien obligé de le fréquenter, même épisodiquement, ne serait-ce que pour récupérer de la dope ou des medocs.

Pourtant, à l’annonce de sa mort, dans ce coin du paradis, parmi tout ce beau monde, ils étaient nombreux et impatients à voir débarquer le trompettiste le plus génial du XXème

Siècle. Certains imaginaient déjà quelques jams fabuleuses et des fiestas mémorables. Malheureusement il faut le dire, là-haut comme jadis ici, Miles se comporte parfois comme un petit monstre et les moments de rencontres musicales sont toujours épatants mais toujours rares. Du côté filles ce n’est pas mieux à telle enseigne qu’elles préfèrent toutes faire les vocaux derrière Ike Turner plutôt que de croiser Davis. C’est dire !

[EDIT] Vous me direz que ce coin de paradis est toujours plus fréquentable que la direction nationale du PS qui ressemble de plus en plus à un enfer. Depuis que la pionne s'est embarquée dans une improbable offensive contre Valls, Solférino est en feu. Aux dernières nouvelles, Ségolène Royal s'imagine tenir un rôle de pompier, Jean-Marc Ayrault piloter un "Canadair". Quant à Moscovici, il aimerait sentir le souffre, mais fort de la possession d'une seule allumette son problème est de récupérer le grattoir piqué par Delanoë. Tout ce beau monde va aller se griller sur les plages. Si vous en rencontrez quelques-un(e)s, offrez-leur un sceau d'eau afin de les faire baisser en température.

Cela étant, pour revenir à l'essentiel, ce petit bouquin de l’excellente collection « Castor music » est épatant et peut-être une belle lecture estivale sachant que les écouteurs de votre I Pod sur les oreilles, vous pouvez continuer à vous laisser bercer par ce grand maître, que certains disent ronchon, mais qui nous emporte à chaque fois avec son « Birth of the cool », « Kind of blue » ou « In a silent way ».

Miles%20Davis%20par%20Quincy%20T342.jpg

24/07/2009

D comme « Dahu »

D 2.jpgBonnard aime les chats. Plus que moi. Mais qui croit-il tromper avec son « Chat blanc » ? Ami chasseur d’étrange, regarde comme ses pattes sont longues… Inégalement longues !

C’est un dahu de la plus pure espèce. Et d’ailleurs, ce prétendu chat n’est pas blanc. Il est même tout sauf blanc. Vois l'ocre sur son front et sur sa queue ; le gris bleuté sur ses pattes inégales. C’est un dahu dextrogyre ; l’un de ceux dont les pattes côté gauche sont plus courtes que celles côté droit, ce qui les oblige à courir toujours dans le sens des aiguilles d’une montre lorsqu’ils sont sur terrain plat et à systématiquement calculer la dérive de leur saut avant de bondir sur leur proie. Vois d’ailleurs comme cette espèce a développé en arrière de la tête une grosse et utile bosse des math. Le dahu de Bonnard est d’une espèce très rare dite flottante, ce qui rend sa chasse particulièrement intéressante par gros temps. Heureusement, la bête se déplace sur des arrière-plans sombres dans lesquels le bleu profond domine. Le coloriste génial a su rendre à perfection l’habitat habituel de l’animal ; habitat dont le fond souligne habituellement la clarté du pelage et le fait apparaître blanc – à tort, je le répète – facilitant ainsi la visée du chasseur.

bonnard.jpg

Pour tout vous dire, je goûte davantage les difformités des femmes au bain de Bonnard et celles de ses nus aux bas noirs. Je préfère les arrière-plans colorés de ses salles de bains et de ses baignoires aux arrière-fonds de ce prétendu chat bossu.

Dans les univers d’eau de l’ami Pierre, dans sa grande baignoire, les bleus, les jaunes, les complémentaires m’aveuglent avec délices et m’inondent de couleur. Là, sont des rose et des violet de corps féminins autrement plus érotiques.

Mais c’est vrai que je ne suis pas chasseur. En tout cas pas chasseur de dahu…

Jean-Paul Schmitt

---

[EDIT JYS]: Je viens d'apprendre avec tristesse le décès de l'ancien Maire de Lyon, Francisque Collomb. J'adresse mes plus sincères condoléances à sa famille et ses proches.

23/07/2009

D comme « Dettes »

D 1.jpgChacun, de ce côté-ci des Pyrénées, s’est félicité de la victoire de Messi et des siens en finale de la ligue des champions. Les lyonnais probablement encore plus car on peut toujours trouver quelques fierté à se faire sortir par l’équipe qui, au final, triomphera. Maigre, très maigre consolation ce d’autant qu’en explosant au Nou Camp les gones ne se sont vraiment jamais remis de cette berezina.

En face des Catalans magnifiques, les Mancuniens dépassés ne se sont jamais hissés au niveau convenable alors qu’ils faisaient office d’épouvantail. En tant que finaliste très malheureux, Manchester United empoche tout de même dans cette aventure européenne une somme rondelette qui devrait dépasser les 35 millions d’Euros à savoir légèrement plus de 10% de son chiffre d’affaire annuel. Vu de loin on pourrait dire que tout va bien pour l’équipe de Fergusson. Ce d’autant que la vente de Cristiano Ronaldo ajoute du beurre aux épinards. Rien n’est moins exact. Derrière la magie de ces chiffres une autre réalité transpire. Derrière l’esbroufe comptable des droits télé (115 millions d’euros), des droits commerciaux (80 millions d’euros) une autre réalité s’impose. Avec un endettement de plus de 740 Millions d’Euros, United rembourse chaque saison une dette de 50 millions d’euros pour l’essentiel assumée par le proprio ricain Malcom Glazer. Dans ce contexte pour le moins étonnant ou l’afflux quasi quotidien de liquidités blinde les déséquilibres financiers structurels on peut, comme certains des futurs adversaires de MU, digérer avec difficultés le spectacle des opérations de transferts de joueurs que s’offre le prestigieux club anglais. Avec un Berbatov à 38 millions d’euros, un Carrick dépassant les 25, une paire Anderson-Nami facturée plus de 45 on se pince sachant que la plupart des vedettes émargent ici comme au Réal ou à Barcelone à plus de 7 millions d’euros par an. De quoi casser le moral des Girondins qui viennent au prix d’efforts importants de s’offrir définitivement Yohann Gourcuff et ses nouveaux émoluments. Mais que nos amis bordelais se rassurent, d’ici deux ou trois saisons il y aura toujours en Europe un club sévèrement endetté mais richement doté pour leur acheter leur génial milieu-offensif.

Lyon, le 23 juillet 2009.

22/07/2009

C comme « Comptoir »

C 3.jpgVous en rêvez depuis des mois. Sous la treille, dans un confortable fauteuil de jardin, petit coussin dans les reins, verre de rosé bien frais à portée de main, vous parcourez légèrement somnolent un de ces bouquins sans importance dont au fil des pages vous savez que vous n’arriverez jamais au bout. En pareille circonstance il convient de toujours veiller à se saisir d’un livre sans importance. Dans le cas contraire vous risquez de culpabiliser et de vous ruiner ainsi la journée. Prenez les types qui avant de partir en vacances sont passés chez leur libraire pour acheter la réédition des Essais de Montaigne. Imaginez-les en ce moment, vautrés sous la treille, deux coussins derrière les fesses, les doigts tétanisés par un lourd Quarto-Gallimard entrain d’essayer de faire bonne figure devant leurs ami(e)s. Péniblement ils éclusent un lot de dix pages dans l’heure et les trois verres de rosé avalés les obligent à faire marche arrière pour reprendre le fil d’une lecture qu’ils abandonneront dès que la compagnie aura tourné le dos. En pareille circonstance, assis sous la treille, avec les coussins et le verre de rosé il convient de ne pas faire le malin. Il faut assumer.

Pour ce faire les « Brèves de comptoir » de Jean-Marie Gourio vont faire plus que l’affaire. Même si dans votre entourage un poseur traine dans les parages avec votre bon Gourio il n’osera pas ricaner. Une treille, un fauteuil, des coussins, un rosé et un Gourio, ne vous inquiétez pas ça le fait autant qu’un Bourdieu.

hamac.jpgDepuis bien plus de vingt ans, Jean-Marie Gourio nous livre son œuvre sans pareil, sa somme de nourritures sociologiques les plus nécessaires et tel un glaneur de bistro il nous enchante avec ses petites citations puisées au « Bar le Jaguar » ou au « Midi Pile ».

En voici quelques-unes pour la route et vous verrez qu’assis confortablement sous la treille, le rosé frais à portée de main, il n’y a pas mieux pour somnoler agréablement tout en ayant la certitude, au fil de l’été, d’aller au terme des 370 pages.

. Pratique, « Dans une région, je prends toujours un vin de la région et dans un pays, un vin du pays.»

. Ecologique, « Pas étonnant que la forêt brûle, tout est en bois.»

. Catastrophique, « La fin du monde, c’est mieux à la campagne, tu te fais pas piétiner. »

. Catholique, « Le Pape connait quatre-cents langues, mais c’est toujours les mêmes mots. »

. Philosophique, « Je vois pas du tout à quoi ça sert les ongles des pieds. »

. Et enfin, « Faut être con pour calculer son Q.I. »

Bonne sieste à tous.

  • Jean-Marie Gourio, « Brèves de comptoir- L’anniversaire », Pocket 6,50 euros non compris les 0,32 euros de remise autorisée.

Lyon, le 22 juillet 2009.

21/07/2009

C comme « Chagall »

C 2.jpgMoïshe Zakharovich Shagalov – Chagall - aurait 122 ans ce mois de juillet 2009. Il les a. Il est immortel. Il me touche. Il me fait sourire.

Peut-être quelque chose qui vient de l’Est et qui, par le patois de ma mère, catholique entourée d’amies juives, résonne en Yiddish. Ses couleurs et ses naïvetés me remettent en enfance et me racontent des histoires avec le même accent encore teinté d’Europe centrale.

Sourire, car chez lui tout le monde vole : les mendiants au-dessus des toits du village ; la jolie fermière qui plane au-dessus de l’église et dont la tête flotte un ou deux mètres plus haut ; les musiciens ; les animaux…

leviolonistebleu.jpg

Sourire, parce que j’entends jouer ses violonistes et que je me revois avec le trois-quarts d’occasion que mon père m’avait offert. Leurs notes sont magiques et leur musique raconte des histoires bien mieux que mes crincrins. Il y en a un, au visage couleur d’herbe qui, en manteau blanc, joue sur les toits enneigés et chante sûrement « Petrouchka, ne pleure pas, entre vite dans la danse, fais danser tes nattes blondes, ton petit chat reviendra… ». Un autre joue dans la nuit, perché dans un arbre en regardant la fenêtre illuminée de la maison d’où montent les chants et les rires des convives au repas de noce. Un autre encore, aux mains et au visage tout verts, en redingote indigo, saute à cloche-pied sur des toits de bois. Un gros poisson bleu ailé, une horloge accrochée à son ventre, survole la rivière et de sa nageoire en forme de main laisse échapper un archet et un violon jaune.

Sourire à cause des trains quand, à Paris, un chat sur la fenêtre regarde la tour Eiffel pendant qu’une locomotive roule, tête en bas, en crachant un panache de fumée claire.

Sourire de la gravité de ses amoureux en rose, en gris, en bleu, en vert ; celui qui vole au-dessus du bouquet qu’il vient d’offrir ; celui qui se promène et tient par la main sa belle en rouge qui flotte dans l’air comme un ballon ; celui qui, en veste grenat, perché sur les épaules d’une jolie femme au décolleté profond, lève son verre à ma santé.

Même ses portes de cimetière sont gaies. Un type qui raconte aussi bien des histoires simples, avant même de n’avoir jamais rien lu de lui, on sait que c’est un modeste, une sorte d’ouvrier peintre. On l’imagine comme le décrit son fils, David Mc Neil, dans « Quelques pas dans les pas d’un ange », paru il y a quelque temps déjà, chez Gallimard : un artisan, vagabond génial qui n’aime que les bars à vin, joue aux boules et vole des sucres dans les cafés.

Accoudé au zinc d’un bistrot à vin avec sa dégaine de peintre en bâtiments, il répond à l’ouvrier en bleu de travail qui lui demande s’il a un chantier dans le coin : « Je refais un plafond à l’Opéra ».

Jean-Paul Schmitt

20/07/2009

C comme « Chien »

C 1.jpgJe sais bien que dans l’actualité une nouvelle chasse l’autre et que la presse n’est pas très fortiche pour exercer un droit de poursuite. Prenez Bo, le chien de la famille Obama il faisait la une il y a quelques trois mois et depuis pratiquement plus rien le concernant. Ce chien d’eau portugais au pelage noir et aux pattes blanches offert par Ted Kennedy à Malia et Sasha Obama peut bien aujourd’hui pisser sur les poireaux et les laitues du jardin pédagogique de Michelle Obama oubien dévaster les fauteuils du bureau ovale. Pas de nouvelles. Ceinture. Une question me turlupine tout de même quant à ce Bo. C’est l’origine de son nom.

A l’époque, certains expliquaient qu’il s’appelait ainsi car les enfants Obama souhaitaient lui donner le nom du chat de leur petit cousin. D’autres, et je préfère les croire, disaient que le Président Obama voulait en baptisant Bo ce fameux chiot rendre hommage au pionner Bo Diddley disparu quelques mois auparavant. Les biographes officiels trancheront la question un de ces jours. En attendant on s’écoute Bo Diddley….

Lyon, le 20 juillet 2009.

19/07/2009

B comme « bouquins »

B 3.jpgHier je bourrais la valise de quelques disques destinés à parcourir l’été. Aujourd’hui les tâches logistiques se poursuivent puisqu’il s’agit de sélectionner quelques bouquins qui seront rejoints, à n’en pas douter, par d’autres au fur et à mesure de mes visites dans quelques bonnes librairies (il en reste)…

  • Klaus Mann, « Contre la barbarie », Phébus.
  • Lawrence Block, « Heureux au jeu », Le Seuil.
  • Michael Palin, « Le tour du monde en 80 jours par un Monty Python », Hoëbeke.
  • Eugène Sue, « Les Mystères de Paris », Gallimard-Quarto ; une lecture déjà bien avancée.

Je compte ça et là, feuilleter le dictionnaire de Lyon co-écrit par mon ami Patrice Beghain (Stéphane Blaches éditeur) mais son poids, qui doit avoisiner les 3 kg, est une pénalité.

Si j’écluse les quatre livres qui précèdent, trois romans achetés lors de la dernière édition de « Quais du Polar » sont encore en souffrance.

  • Iain Levison, « Trois hommes, deux chiens et une langouste », Liana Levi éditeur
  • Philip Kerr, « La trilogie Berlinoise », éditions du masque.lyon
  • Philip Kerr, « La mort entre autres », éditions du masque.

Sur leur pile, ces polards poireautent avec trois autres livres dont le premier sera probablement un premier choix …

  • Hervé Guibert, « Articles intrépides, 1977-1985 », un florilège des articles et entretiens de l’écrivain disparu alors qu’il était journaliste au Monde (Gallimard)
  • Rob Sheffield, « Bande originale » (Sonatine) un livre annoncé de façon tonitruante comme « Le plus grand livre sur le rock », mais je me méfie et je repousse sans cesse sa lecture.
  • Nicolas Rainaud pour « Figures de Bob Dylan », un bouquin acheté à sa sortie mais qui, après feuilletage, ne m’inspire guère.

Quitte à craquer pour cet éditeur (« Le mot et le Reste ») il n’est pas impossible que j’emporte, à l’occasion de la petite virée que nous allons faire en Belgique et aux Pays-Bas, le livre concocté autour du jazz mais dont je ne me souviens, ni du titre, ni de l’auteur.

Lyon, le 19 juillet 2009.

18/07/2009

B comme « bande-son »

B orange.jpgIpod, lecteur de CD dans la bagnole, peut importe le support pourvu d’avoir l’ivresse musicale. Avant de penser faire sa valise, réfléchir à la quinzaine de disques à emporter tout au long de l’été est chose importante. Sachant que tout ceci n’est pas affaire d’improvisation, voici ma liste pour l’été 2009 même si d’autres rondelles achetées au fil de juillet et août viendront alourdir les bagages. Dans le désordre le plus total……

  • Neil Young, “ After The Gold Rush ”, Reprise (1970).
  • Quincy Jones, “Swinging the big band”, compilation Verve (2006).
  • Dionne Warwick, “Sings the Bacharach & David Songbook”, compilation Demon (2008).
  • The Undertones, “An Anthology”, Salvo (2008).
  • Elvis Costello, “Secret, Profane and Sugarcane”, Universal (2009).
  • The Saints, “Big hits on the underground” compilation Last Call (1999).
  • The Walker Brothers, “After the Lights Go Out”, compilation Fontana (1990).
  • Cowboy Junkies, “Trinity Revisited”, Cooking Vinyl (2007).
  • Emiliana Torrini, “Me and Armani”, Rough Trade (2008).
  • The Byrds, “Untitled/Unissued”, Sony-Legacy (1970-2000).
  • The Pretenders, “Break Up The Concrete”, Shangri-La (2008).
  • Bob Dylan, “Together Through Life”, Sony (2009).
  • Keren Ann, “Keren Ann”, Delabel (2007).
  • Leonard Cohen, “Live in London”, Sony (2009).
  • Elysian Fields, “The Afterlife”, Vicious circle (2009).

Lyon, le 18 juillet 2009.

17/07/2009

B comme « Barbuda »

B Abécédaire.jpgJe suis tombé par hasard sur une reproduction d’un tableau peint par Ribera en 1631 et dont l’original est à Tolède. Au premier regard, je n’ai retenu que la barbe. Les pensées encore envahies par une controverse récente concernant la liberté des femmes, je n’ai vu d’abord que l’un de ces barbus  que l’on voit parfois marcher quelques mètres devant un fantôme noir. Puis j’ai vu le sein ample et dénudé. Gonflé.

Fichtre, me suis-je dit, un barbu avec un sein à l’air, au milieu du XVIIe siècle espagnol, bien après qu’Al Andalus ait disparu depuis longtemps et bien avant tous les progrès actuels de la chirurgie plastique ?...Un homme d’Islam ancien revendiquant avec force sa part de féminité et qui, bien loin de l’enfermer sous une chape grillagée, l’exhibe !…

Une image entraînant l’autre, je me suis mis à dériver vers des temps lointains et probablement mythiques où des femmes altières allaient à visage découvert pendant que leurs hommes voilés les suivaient en silence, cachant sous un tissu sombre une soumission aussi aveugle qu’une burqa.

La barbe ! Pourquoi la barbe me dis-je in petto ? La réponse m’apparut évidente : en affublant sa mujer d’une telle pilosité noire, Ribera qui craignait quelque fatwa ou quelque excommunication à laisser ainsi déambuler un sein nu, avait sûrement voulu faire une concession aux barbus et aux inquisiteurs de tous les temps. Foin des rêves. Les tableaux ne devraient jamais être légendés.

Mujer barbuda Ribera.jpg

« Mujer barbuda, La femme à barbe ». Ce n’était que le portrait d’une certaine Madeleine Ventura (peut-être la femme d’un ancêtre de Lino, qui sait ?), allaitant son enfant.

Femmes que j’aime, jamais n’acceptez ces vers du Molière des femmes savantes :

  • - Votre sexe n’est là que pour la dépendance
  • - Du côté de la barbe est la toute puissance

Jean-Paul Schmitt

08:21 Publié dans Jean-Paul Schmitt | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ribera, madeleine ventura, molière, tolede, islam, tableau, lyon | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu