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21/07/2009

C comme « Chagall »

C 2.jpgMoïshe Zakharovich Shagalov – Chagall - aurait 122 ans ce mois de juillet 2009. Il les a. Il est immortel. Il me touche. Il me fait sourire.

Peut-être quelque chose qui vient de l’Est et qui, par le patois de ma mère, catholique entourée d’amies juives, résonne en Yiddish. Ses couleurs et ses naïvetés me remettent en enfance et me racontent des histoires avec le même accent encore teinté d’Europe centrale.

Sourire, car chez lui tout le monde vole : les mendiants au-dessus des toits du village ; la jolie fermière qui plane au-dessus de l’église et dont la tête flotte un ou deux mètres plus haut ; les musiciens ; les animaux…

leviolonistebleu.jpg

Sourire, parce que j’entends jouer ses violonistes et que je me revois avec le trois-quarts d’occasion que mon père m’avait offert. Leurs notes sont magiques et leur musique raconte des histoires bien mieux que mes crincrins. Il y en a un, au visage couleur d’herbe qui, en manteau blanc, joue sur les toits enneigés et chante sûrement « Petrouchka, ne pleure pas, entre vite dans la danse, fais danser tes nattes blondes, ton petit chat reviendra… ». Un autre joue dans la nuit, perché dans un arbre en regardant la fenêtre illuminée de la maison d’où montent les chants et les rires des convives au repas de noce. Un autre encore, aux mains et au visage tout verts, en redingote indigo, saute à cloche-pied sur des toits de bois. Un gros poisson bleu ailé, une horloge accrochée à son ventre, survole la rivière et de sa nageoire en forme de main laisse échapper un archet et un violon jaune.

Sourire à cause des trains quand, à Paris, un chat sur la fenêtre regarde la tour Eiffel pendant qu’une locomotive roule, tête en bas, en crachant un panache de fumée claire.

Sourire de la gravité de ses amoureux en rose, en gris, en bleu, en vert ; celui qui vole au-dessus du bouquet qu’il vient d’offrir ; celui qui se promène et tient par la main sa belle en rouge qui flotte dans l’air comme un ballon ; celui qui, en veste grenat, perché sur les épaules d’une jolie femme au décolleté profond, lève son verre à ma santé.

Même ses portes de cimetière sont gaies. Un type qui raconte aussi bien des histoires simples, avant même de n’avoir jamais rien lu de lui, on sait que c’est un modeste, une sorte d’ouvrier peintre. On l’imagine comme le décrit son fils, David Mc Neil, dans « Quelques pas dans les pas d’un ange », paru il y a quelque temps déjà, chez Gallimard : un artisan, vagabond génial qui n’aime que les bars à vin, joue aux boules et vole des sucres dans les cafés.

Accoudé au zinc d’un bistrot à vin avec sa dégaine de peintre en bâtiments, il répond à l’ouvrier en bleu de travail qui lui demande s’il a un chantier dans le coin : « Je refais un plafond à l’Opéra ».

Jean-Paul Schmitt

Commentaires

Quel beau texte Jean-Paul, J'ai adoré comme j'adore Chagall et le yiddish. Merci et puis le début des paroles de Pétrouchka m'a ramené quelques années en arrière, on ne dira pas combien !!!

Et voilà, la suite avec le refrain :
"Tant que chante la colombe par dessus les toits, danse avant que la nuit tombe, jolie Pétrouchka"

A très bientôt
Béatrice

Écrit par : Béatrice | 21/07/2009

Merci pour cet instant poétique. Tu as réussi à faire vibrer mon âme slave, l'espace de cette lecture. Ca m'a rappelé mon enfance dans le bas-beaujolais, lorsque mes grand-parents étaient encore proches de moi. Toutes ces couleurs vives, ces sons, ces odeurs, cette mélancolie, ce courage et cette combativité qui font aujourd'hui une part de l'homme que je suis. Il faudra qu'un jour j'aille visiter Cracovie.

Encore merci pour la beauté de ce billet. En ces temps obscurs, c'est salutaire.

Écrit par : Kévin G. | 22/07/2009

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