Avertir le modérateur

09/06/2009

Terrifiant

photobio-marie-jose-forissier_295824_F.jpgElle s’appelle Marie-José Forissier et elle préside aux destinés de la société Sociovision Cofremca, elle livrait ces jours-ci quelques chiffres au « Progrès » sur le rapport des français à l’argent. Terrifiant.

Le « complexe historique » de nos concitoyens par rapport à l’argent s’est allégé dit-elle . Qu’on en juge : 46% des 15-24 ans  lient l’épanouissement personnel à l’argent. Pour eux l’argent c’est le prix de la liberté, un élément vital, sans valeur morale en soi, ils cherchent un moyen de gagner beaucoup d’argent très vite et sans effort. Le besoin d’argent croît même au détriment de l’intérêt du travail ; 37% préfèrent un travail peu intéressant mais rapportant beaucoup. Et ceux par la combine limite légale s’il le faut. Et pourquoi tant d’argent ? pour vivre des émotions fortes, remuantes avec ceux que l’on sent proches de soi. Une approche tellement ancrée dans les mentalités que lorsque l’on demande aux adultes ce qu’ils veulent léguer à leurs enfants, ils répondent, selon M.J Forissier : « savoir se débrouiller dans la vie pour 59% loin devant  « l’espoir de transmettre une morale (41%) ou un métier (29%) ».

La sociologue attribue, non sans raison, cette dérive à deux phénomènes de notre temps. Tout d’abord l’impatience qui caractérise une génération habituée à l’accès immédiat, facile et gratuit à l’information et qui l’est aussi à l’instantanéité dans tous les domaines, ce qui modifie son rapport aux valeurs. D’autre part, l’affaiblissement des traditions de pensée catholique et marxiste qui résistait à l’aliénation par l’argent pour l’une et à l’exploitation de l’homme par l’homme que l’argent engendre pour l’autre. Un déficit dont on voit aussi les effets désastreux dans les quartiers populaires où ces deux traditions ont des années durant entretenu le lien social sur fond de solidarité.. Face à un tel constat comment s’étonner du succès de Nicolas Sarkozy en 2007 ? Mais comment ne pas mesurer non plus le fossé qui sépare les débats stériles et autres rafistolages de la gauche. Devant uns telle perte de valeurs, de celles qui correspondent aux fondements d’une société civilisée, c’est un cri d’alarme qu’il faut lancer et dans le moyen et long terme car ce n’est pas un programme bricolé qui fera bouger les nouvelles mentalités. Un cri d’alarme et un vrai discours pédagogique et constructeur d’une pensée d’aujourd’hui qui n’oublie pas les valeurs universelles qui fondent les sociétés humaines. De toute évidence il y a urgence et beaucoup de travail.

Philippe Dibilio

Commentaires

Oui, c'est terrifiant.
Les cris d'alarme ont pourtant été nombreux depuis une trentaine d'années. Tapie, Berlusconi, le fric roi, ce n'est tout de même pas quelque chose qui date d'aujourd'hui. C'est justement cette génération des 15-24, née sous Mitterand, grandie à l'ombre des salaires de Zidane, qui le plébiscite aujourd'hui. Et vous avez raison de dire que Sarkozy est la conséquence (ou le produit) de cette gabegie, pas la cause. La cause, c'est, hélas pour le PS, les années quatre-vingt...

Écrit par : solko | 09/06/2009

Cette génération ne confondrait-elle pas "être" et "avoir" ?

Écrit par : justdumb | 10/06/2009

ce n'est rien à côté des enfants musulmans !!! dans les pays arabes, ils ne pensent qu'a cela c'est leur seule préoccupation ! notre problème en Europe c'est que nous avons été complexés sur ce sujet et qu'aujourd'hui, la réalité est là ! nous sommes désarmés devant ce phénomène de l'argent, or toutes les autres civilisations n'ont que ce mot à la bouche ! mon image, c'est comme si on envoyait un bobo vivre aux 4000 ! l'écart est tel, que nous allons avoir du mal à combler le déficit en ce domaine ! nous recherchons une qualité de vie où l'argent est un accessoire indispensable, et en face de nous nous avons des populations capables de tout pour parvenir à l'argent et la CAMORA fait figure pâle devant ce phénomène des quartiers.

Écrit par : marocexperience | 10/06/2009

Bonjour.

Excellente présentation, et début d'analyse. Le monde doit repartir (presque) à zéro. Mais déjà, où mettre le zéro? -20OOO? -6000? -2001, assez dit de l'espèce...? L'homme, une espèce en fin de course (surtout en Occident), qui se préoccupe plus d'être le "PREMIER" à arriver dans le mur, pourvu qu'on soit dans le mur ("mort peut-être, oui, mais j'avais la priorité!") Ou sont les "sages" au niveau "global"? L'"O"."N"."U". késako????... Pathétique de voir une espèce disparaitre à court-moyen terme, surtout quand on en fait partie...

Vangauguin

http://avatarzen.blogspot.com/

Écrit par : vangauguin | 10/06/2009

Si certains mettent le curseur du fric roi sur les bobos socialistes de Mitterrand, n'oublions pas non plus qu'économiquement au moins, la bourgeoisie de droite avait fourni depuis longtemps certains modèles de consommation...Par ailleurs, à la même époque, Reagan et Thatcher donnaient le départ à de puissants mouvements de dérégulations financières, qui se feront de plus en plus au profit d'intérêts privés, jusqu'aux crises actuelles...
Prétendre que seuls les bobos de gauche en ont croqué me paraît un peu réducteur comme explication, non ? Les salaires des Zidanes ne sont que le reflet du fonctionnement global de nos sociétés ! Qui les paye ainsi ? Et pourquoi ?

Écrit par : jpm | 10/06/2009

Je ne suis pas sûr de comprendre ce qui est "terrifiant".
Lier l'argent à liberté me semble être plutôt un signe de lucidité. "vivre des émotions fortes, remuantes avec ceux que l’on sent proches de soi", autrement dit avoir conscience que sa vie est limitée, rechercher activement son bonheur et choisir ceux avec lequel le partager m'apparaît carrément sain. Si les mots "responsabilité individuelle" auraient probablement gagnés à être prononcés à un moment ou à un autre, je trouve au contraire ce portrait plutôt rassurant...

Écrit par : John Galt | 10/06/2009

L'instinct du "toujours plus" reste primaire et inscrit dans les gènes. Que la société de consommation, née et soutenue après guerre (la deuxième pour les ignares) a grand coup de pub, avec la complicité des médias principalement télévisuels, jouant de nos instincts, engendre un modèle social diffusé depuis Outre-Atlantique n'a rien d'étonnant, ni de neuf, et prédit même par Einstein qui a affirmé "Avant, l'homme était pauvre, depuis la télévision, il en a honte"? Étonnant, non ?

Écrit par : Alain | 11/06/2009

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu