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24/03/2009

Habemus latex

pape.jpgTollé sur les propos de Benoît XVI. Tollé justifié, même si ses affirmations concernant le préservatif comme facteur aggravant du sida jouent une musique déjà entendue de ce côté du conservatisme éclairé.

Tenus dans l’avion qui le mène en Afrique, les propos de l’homme en blanc face aux journalistes qui l’avaient pourtant avertis de la teneur de leurs questions ne sauraient être expliqués par je ne sais quel mot dépassant la pensée papale. Il est de plus en plus difficile de surfer sur les évangiles que l’Église sait trop souvent tordre à bonne courbure.

Ce pape souffre, nous dit-on, d’être si mal compris. Alors un peu de compassion, qualité si répandue jusque dans les plus hautes sphères politiques de la fille aînée de l’Église.

Songez un instant, que diable, à la difficulté de l’exercice quasi quotidien auquel le primus inter pares s’astreint. À la limite de la schizophrénie, il est obligé de jongler entre d’une part son infaillibilité dogmatique (essayez donc d’expliquer l’immaculée conception autour de vous) et d’autre part, la trivialité des recommandations des jours ordinaires où il est question de messe en latin, de relations sexuelles soumises à l’abstinence contraceptive, d’excommunication navrée d’une fillette de neuf ans violée par son beau-père, de réintégration d’évêque négationniste pour cause d’ignorance, de suprématie sur l’Islam et j’en passe…

Et puis, la communication est un art si difficile. Plus que l’étude des pères du désert.

Ses conseillers en robe auguste font pourtant des efforts. Ils vont même jusqu’à faire fuiter sur la toile – sur hollybuzz, cela ne s’invente pas - une étude d’un éminent chercheur de Harvard. Edward C. Green affirme que les preuves qu’il possède soutiennent le commentaire du pape et que ses études montrent une corrélation entre l’utilisation accrue du préservatif et un plus grand taux d’infection par le sida : « C’est peut-être dû à la compensation du risque qui fait que quelqu’un qui utilise une « technologie » de réduction de risque en perd le bénéfice parce que ce faisant il prend plus de risques que quelqu’un qui n’utilise pas cette « technologie » ».

Un peu tiré par les cheveux, non ?

En clair, si contrairement à moi vous sortez toujours avec un parapluie dans votre sac, vous serez plus souvent mouillés que moi parce que vous prendrez plus souvent le risque de sortir quand il pleut !…

Études pour études, celles des nombreux scientifiques et experts contredisent pourtant ce point de vue, ne serait-ce que celles qui sont issues des milieux spécialisés des Etats-Unis, un pays pourtant parfois travaillé par les évangélistes. Les études épidémiologiques des Centers for Disease Control and Preservation, de l’U.S. Agency for International Development, de la Food and Drug Administration, des National Institutes of Health, montrent que les préservatifs réduisent à moins de 1% le risque de contamination par le VIH.

Mais les faiseurs de buzz bigots mégotent.

Lyon, le 24 mars 2009.

Jean-Paul Schmitt

Commentaires

Bonjour,
Vous faites référence à un phénomène bien connu en sciences humaines et sociales. Lorsque la probabilité du risque diminue, la fréquence d'exposition remonte, compte tenu du sentiment de sécurité généré par cette évolution. Du même coup, le nombre de personnes contaminées (l'espérance en stat) augmente : proba x nb de cas potentiels. Cela est également vu en sécurité routière mais je suis moins à l'aise sur ce terrain.
Ensuite, le risque de contamination sans capote s'établit entre 1% et 1 pour 1000 http://www.sante.gouv.fr/pdf/dossiers/sidahop/ch16.pdf (site du gouvernement français).
D'autre part l'efficacité du préservatif est connue depuis longtemps cf. la librairie nationale de médecine américaine comme par exemple http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/10614517?dopt=Abstract (à ma connaissance il y a d'autres articles scientifiques sur ce sujet)
Je reste à votre disposition pour en discuter.

Écrit par : Herbi | 24/03/2009

http://img.over-blog.com/300x588/2/72/47/67//pape-mail.jpg
l'humour est la meilleure réponse voici un dessin à diffuser!

Écrit par : latex urbi et orbi | 25/03/2009

Latex urbi et orbi, merci et vive l'humour

Herbi, merci aussi pour vos remarques :

Mon propos n’était pas tant d’argumenter sur la valeur des différentes études et articles.
Je souhaitais seulement montrer mon agacement – peut-être y ais-je échoué - devant le fait qu'une institution, aussi prestigieuse fut-elle, "sorte" aussi fréquemment de son domaine d’excellence.
L’Église catholique, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, a le spirituel et le religieux en charge. Elle "théologise" et c'est bien ainsi. Quant aux États et aux organismes de santé nationaux ou internationaux (OMS, par exemple), le magistère de leur domaine d’expertise doit leur être reconnu. Bien sûr, il faut que chaque partie s’intéresse au domaine de l'autre, mais en évitant autant que faire se peut d’instrumentaliser les recherches pour la défense d’une cause qu’elle jugerait universelle.

Ceci étant dit, mon cher Herbi, vous avez compris que la façon de « buzzer » des milieux catholiques ultra-conservateurs qui s’appuient uniquement sur les affirmations qui les arrangent, me gêne aux entournures.

En Béotien consciencieux, je me suis un petit peu informé avant de faire ce qui n’est somme toute qu’un billet d’humeur. Je me suis aperçu en effet que les études sur l’efficacité des préservatifs montraient une très grande dispersion dans les résultats chiffrant la réduction de la transmission du VIH.

J’ai compris qu’elles présentent souvent des biais.

L’OMS (c.f. l’analyse documentaire Cochrane) n’affirmait-elle pas qu’il était impossible, tant du point de vue éthique que du point de vue logistique de mener des essais randomisés (avec tirage au sort) pour déterminer l’efficacité de l’utilisation du préservatif en terme de réduction du risque de transmission du VIH ? Elle s’appuyait malgré tout sur des études – observationnelles elles, avec tous les risques de biais inhérents – pour montrer que l’utilisation de préservatifs permet une réduction de l’incidence du VIH.

Certes l’éventail des chiffres est large. Par exemple dans le cas Cochrane, qui fait apparaître une réduction de 80% des risques, les études montrent une grande imprécision, faisant varier la réduction de 35% à 94% si l’on considère les valeurs extrêmes des intervalles de confiance à 95%.

Mais, au pire improbable, 35% seraient toujours bons à prendre...

La même analyse de l’OMS souligne par ailleurs que l’utilisation faible et inconstante des préservatifs dans les pays en développement dans la majorité des zones touchées constitue un véritable problème et souligne que l’utilisation correcte et à grande échelle des préservatifs masculins constitue probablement la stratégie de prévention du VIH la plus réalisable dans ces pays pour l’instant.

Raison de plus pour être irrité de la prise de position de Benoît XVI.

Écrit par : Jean-Paul Schmitt | 25/03/2009

Je vous rejoins sur la nécessité d'adopter une position de prudence (le préservatif) dès lors que l'on adopte des partenaires multiples. Ce choix doit être fait quelle que soit l'efficacité du préservatif, même limitée.
Pour autant, il semblerait que ce soit la combinaison des approches (la fameuse ABC) qui semble assurer un succès face au virus.
L'abstinence et la fidélité sont donc des moyens efficaces de prévention pour qui peut s'y tenir. Dans les autres cas, le préservatif est bien sûr une précaution minimale. En disant ça, j'ai le sentiment d'être en phase avec les déclarations du Pape, qui semblent avoir été interprétées hâtivement.
Ce qui me gêne, c'est à la fois les motifs de cette "chasse au Pape" (même si tous ses détracteurs ne les partagent pas) mais surtout ces conséquences. Cette interprétation tendancieuse peut laisser effectivement penser aux personnes qui n'approfondissent pas le thème, que telle est réellement la position de l'Eglise. Et du même coup, encourager des comportements dangereux qu'ils prétendent dénoncer. J'ai le sentiment de me trouver dans le cadre de "prophéties auto-réalisatrices" car le paradigme de base (position de l'Eglise) est faux ! Or, en feignant de le croire vrai, on encourage des comportements dramatiques qui n'auraient sans doute pas eu lieu sans ça...
Je pense que nous aurions besoin d'une vision apaisée de ces problèmes pour être réellement efficaces. Laissons les "idéologues" se complaire dans la surenchère (c'est inévitable) pour analyser et comprendre en profondeur les positions de chacun. On aurait peut être la surprise de les constater pas aussi éloignées dans la pratique (=la fameuse casuistique, le cas par cas) que l'on aurait pu le penser.

Écrit par : Herbi | 25/03/2009

Les commentaires sont fermés.

 
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