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26/11/2008

Sabots de pauvre !

poulbot_06.jpgIl y a en France environ 8 millions de pauvres selon l’indice dit de la "pauvreté monétaire". Étrange, cette façon d’appréhender des situations humaines aussi dramatiques et variées : on chiffre là les personnes qui gagnent moins de 50 % du revenu médian (qui n’est pas le revenu moyen, mais le revenu tel qu’il y a autant de personnes gagnant plus que de personnes gagnant moins).

Comme le dit Jean-Baptiste de Foucauld, président de Solidarités Nouvelles contre l’Exclusion « Avec ce mode de mesure, les revenus de tout le monde peuvent baisser de 2% sans que le taux de pauvreté varie. Pourtant les pauvres gagneront quand même 2% de moins, ce qui dans leur cas sera bien plus dramatique que pour les autres. »

Au cours du débat La France face à la pauvreté, organisé par le Nouvel Observateur sous la présidence de Jacques Delors le 6 novembre, le même Jean-Baptiste de Foucauld déclarait aussi : "Il existe des situations de pauvreté qui se vivent avec moins de difficulté parce que les personnes concernées sentent la manifestation de solidarités proches, attentives, personnelles. On ne peut se contenter de dire, on a payé, on a versé des allocations. Il ne faut pas d’indemnisation sans accompagnement, pas des prestations sans relations humaines, pas de solidarité active sans des comportements de solidarité active. On peut observer une notable insuffisance, voire même une diminution, du soutien de l’état aux associations de lutte contre l’exclusion. Alors que celles-ci savent pourtant mieux travailler, au plus près des situations extrêmes, que les services de l’état . Ce manque de soutien est un grave problème démocratique."

Le Secours Catholique, pour ne citer que les chiffres de cette organisation, accueille de plus en plus de personnes de plus de 50 ans et, scandale des scandales, à l’autre bout de la chaîne des âges, il y a, en France, 2 millions d’enfants pauvres !…

Je sais que la charité est souvent l’alibi de la mauvaise conscience ou celui d’un État ravageur qui laisse aux seules solidarités caritatives le soin de régler ce qui est de sa responsabilité, dans le même temps où il taille à vif dans les moyens dévolus aux associations de lutte contre l’exclusion. Mais je sais aussi que si, dans nos pratiques quotidiennes et secrètes, nous abandonnons ce souci aux seuls gouvernants, nous finirons par ne plus voir la honte de nos égoïsmes. Alors, et au risque de tomber dans le pathos, relisez ce poème en prose de Charles Baudelaire ; au moins pour sa chute et la fraternitude du rire des deux enfants :

« À travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande route et le château, l'enfant pauvre montrait à l'enfant riche son propre joujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu. Or, ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boîte grillée, c'était un rat vivant! Les parents, par économie sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même. Et les deux enfants se riaient l'un à l'autre fraternellement, avec des dents d'une égale blancheur. »

Jean-Paul Schmitt

Lyon, le 26 novembre 2008.

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