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23/11/2008

Sacré Lou

reed2.jpgÇa ne viendrait à l’idée de personne de s’exclamer, « S’il y a un type que j’admire et avec qui j’aimerais boire un verre, cela serait Lou Reed ». En effet, le New Yorkais patibulaire aussi aimable qu’une porte de prison est probablement ce qui se fait de moins sympathique sur toute la planète rock’n roll. Distant dans le meilleur des cas, Lou Reed sait être méprisant et tellement rongé par la contemplation de soi-même. Il n’empêche que tel n’est pas l’aspect principal du « dossier »  Lou Reed. Si on aborde la question de l’ex Velvet Underground par le bon bout, celui du talent, il convient de saluer une œuvre originale et remarquable. Décoré, admiré, reconnu dans le monde entier, le musicien, poète et photographe mérite bien entendu tous les honneurs même si notre homme réserve uniquement quelques-uns de ses rares sourires à son chien, le clébard étant à bien y réfléchir le plus à plaindre. Lou Reed est aujourd’hui dans l’actualité à un double titre puisque la version « Live » de Berlin est désormais disponible et l’intégrale de ses chansons à la disposition des Français dans une version bilingue. C’est d’ailleurs la parution française de cette intégrale qui, promo oblige, a valu aux rares spectateurs parisiens du nouveau « Cent-quatre », une lecture publique de quelques-uns des textes de ce recueil par le maître lui-même. (Voir l’excellent Stéphane Davet dans Le Monde du 7 novembre).

Après de telles éditions en Allemand, Espagnol, Italien et même Croate, j’étais, vous l’imaginez, tout à fait disposé à saluer l’éditeur français à l’initiative du projet. Je veux parler des Editions du Seuil. Le livre est donc enfin disponible ici dans la remarquable collection « Fiction et Cie » et le travail des deux traducteurs mobilisés, Sophie Couronne et Larry Debay, me semble tout à fait à la hauteur de notre attente, même si je dois vous confier que mon niveau personnel en anglais m’interdit tout commentaire dans ce domaine.

Le problème, ou plutôt le scandale, ne se situe pas le moins du monde dans la traduction mais plutôt au plan du prix. Rendez-vous compte, les Editions du Seuil proposent cette intégrale, il est vrai de 500 pages, au prix prohibitif de 32 euros. Si l’objet en question manifestait par sa conception la moindre originalité et témoignait d’un soin particulier mon coup de gueule serait mal venu mais en l’occurrence ce « Traverser le feu » est un bouquin particulièrement banal. S’il fallait démontrer que dans l’édition française il y a aussi de « sacrés Lou-Lou » qui prennent les admirateurs de Lou Reed pour des volailles à plumer, cette édition de l’intégrale est là pour nous le prouver. Comme beaucoup d’entre-vous, j’attendrais donc du côté des librairies d’occasions qu’une opportunité se présente en attendant une hypothétique édition de poche.

  • > Lou Reed, « Berlin, Live at St Ann’s-Warehouse », Matador.
  • >Lou Reed, « Traverser le feu », Le Seuil.

Lyon, le 23 novembre 2008.

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