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01/10/2008

Dommage

Sarkozy NB-Fond blanc.jpgSi l’on en croît les observateurs devant l’ONU puis à Toulon, Nicolas Sarkozy aurait tenu des discours de gauche. C’est vrai si l’on s’en tient à la formule d’Edouard Balladur qui, dans un livre écrit en 1991 prédisait : «  Si le monde devait connaître une crise monétaire alors renaîtraient les tentations étatiques qui font l’essentiel du socialisme ». C’est vrai aussi si l’on considère que la gauche, aurait pu, sinon dû, tenir ce discours. Mais la gauche est aphone en ce moment où « les socialistes parlent aux socialistes » pour ne rien dire sur le fond. Car , alors que nous sommes dans une période « hors vote », ce qui est assez rare, les socialistes ont inventé le leur comme pour mieux se complaire dans ces moments ou l’on tient des propos réducteurs , fussent-ils à usage interne. A cette étape du calendrier politique où il eut été important de créer de l’inédit dans le réel, les formations de gauche piétinent dans le bonheur de leurs querelles intérieures. Aux discours de Sarko ils rétorquent qu’il s’agît de gesticulations verbales sans effets. Mais où sont leurs mots à eux pour affronter la crise.

Interrogé par « le Figaro » Michel Sapin spécialiste des questions financières hier auprès de Ségolène Royal aujourd’hui proche de Delanoë ou d’Aubry car je n’arrive plus à suivre. Michel Sapin donc, déclare qu’il n’y a chez Sarkozy qu’illusions. Certes, mais à la question que proposez vous il répond qu’il ne fallait pas faire le bouclier fiscal. Bien sûr, mais quelles propositions insiste le journaliste. Nous en avons faites à l’Assemblée Nationale en particuliers sur la suppression des parachutes dorés. Dommage qu’elles n’aient pas fait l’objet d’une campagne publique et qu’il faille le pousser dans ses retranchements pour qu’il en parle comme si pour les dirigeants du PS l’essentiel était ailleurs. Alors on peut se demander et le peuple dans tout ça ? Et bien il approuve Sarkozy, selon un sondage commandé par LCI : 90% des personnes sont favorables au renforcement de la réglementation bancaire et 80% à l’encadrement de la rémunération des patrons avec une approbation plus forte parmi les électeurs de gauche. Comment expliquer cet engouement sinon par le silence ravageur de la gauche en général et du PS en particuliers. En se cantonnant dans le seul discours anti-sarkoziste primaire le PS s’enferme sur le même terrain que celui du PC ou de Besancenot, c’est à dire une opposition comme Sarkozy les aime : stérilement tribunitienne.

Il serait donc temps de se sortir de ce piège et de travailler sur les causes de ce retour de la prégnance de l’idéologie de droite. Et peut-être prêter attention à ce conseil d’un neveu de Freud, Bernays, au gouvernement américain soucieux de faire approuver son entrée dans la guerre en 1917: « si l’on veut convaincre quelqu'un il ne faut pas s’adresser à sa conscience mais à son inconscient ». Il inventait là le marketing un outil que Sarkozy a transposé dans le champ politique avec les résultats que l’on sait, en s’appuyant notamment sur les média. Ces outils de communication que Gilles Deleuze appellera dès 1990 « les sociétés de technologies et de contrôle » et dont il dira que le marketing est le principal dispositif. Tout cela a été étudié, pensé, débattu, mais pas dans les partis de gauche disait récemment le philosophe Bernard Stiegler. Il serait peut-être temps d’ouvrir cette discussion. Alors, peut être la gauche française commencera-t-elle à construire un idéal réalisable à l’image de l’ « évolution révolutionnaire » que prônait Jaurès. Car, à un moment ou à un autre il faudra bien répondre à ce besoin de rêve et de solutions concrètes qu’attendent nos concitoyens. Pour cela il faut arrêter de céder à l’instant et prendre le temps de définir un point réel sur lequel tenir coûte que coûte. Elever « l’impuissance à l’impossible » selon le formule de Lacan. Ce pourrait être l’objet d’un congrès, ce ne sera pas le cas pour celui de novembre (PS), pas plus de celui de décembre (PC). Dommage.

Philippe Dibilio

Lyon, le 1er octobre 2008.

Commentaires

Cher Philippe,

Pas de doute, cette fois nous sommes découverts ! Il n'a pas échappé à votre sagacité que les socialistes parlent peu, grognent mou et ne proposent pas grand chose. C'est un gimmick dans l'hémicycle désormais : chaque fois que Jean-François Copé ou Xavier Bertrand montent à la tribune, ils demandent à la majorité de ne pas applaudir trop fort pour ne pas réveiller les socialistes. François Fillon, s'essaie à une tendresse pédagogique à l'égard de son cancre favori, poussant parfois jusqu'à la supplique, au bord des larmes "Je vous en prie cher amis socialistes, mais proposez-nous quelque chose ! C'est pas drôle de jouer tous seuls".
A gauche, mutisme et sourires pincés ... quelques TEPA fusent : "TEPA fou, TEPA bon, TEPA rendu".
Puis, de nouveau, le silence ...
C'est à n'y rien comprendre, les caméras filment l'arène dans l'attente d'un choc titanesque de gladiateurs et les socialistes se comportent comme de sales gamins de bacs à sable en écrasant les pâtés gouvernementaux de leur sandale rageuse.
N'en doutez pas, les socialistes ne sont pas devenus idiots du jour au lendemain, mais passée la Sarkose obsessionnelle, ils ont compris qu'ils avaient à faire à un adversaire d'un genre nouveau. Tel un Judoka, Nicolas Sarkozy se nourrit de la force de l'adversaire, il confisque les idées nouvelles et n'hésite pas à flatter leur auteur sinon plus.
C'est frustrant pour le débat démocratique mais n'en doutez pas, l'alternance est préparée, 60% des contre-propositions existent sur les sujets les plus difficiles : fiscalité, retraites, assurance maladie, PME.
Vous pouvez lire les motions pour avoir une idée de l'avancement, certains sujets sont plus détaillés que d'autres.
Mais le PS n'est pas en campagne et lancer aujourd'hui en l'air des pans entiers de notre programme sans articulation ni "story-telling" est trop dangereux compte tenu de l'adversaire.
Je suis frustré du spectacle, comme une majorité de français qui adorent les joutes politiques mais je crois savoir que notre premier secrétaire l'a décidé comme cela.
Peut-être après le Congrès, le prochain 1er nous lancera-t-il sur une nouvelle stratégie qui sonnera comme un réveil mais prudence...

Écrit par : jbdivry | 01/10/2008

bonne initiative que celle d'accueillir des invités sur votre blog. Ce billet de philippe Dibilio est fort interessant. Bravo et continuez.

Écrit par : ed | 01/10/2008

sympatoche la présentation de votre invité permamnent dans sa bio.Apres un Grenoblois à quand un stéphanois?

Écrit par : 42 | 02/10/2008

Y'a plus qu'la droite pour croire que la gauche c'est encore les nationalisations et l'intervention de l'Etat.

Écrit par : Adam Belinski | 02/10/2008

Les commentaires sont fermés.

 
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