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07/07/2008

Gaucho vs Facho ?

JournalManchette1966-1974.jpgL’autre jour on me reprochait de n’avoir encore pas dit grand-chose de « saignant » sur le Congrès du Parti Socialiste qui se prépare ainsi que sur les dix-sept contributions qui vont squatter d’ici quelques jours les boites aux lettres des adhérents.

L’autre semaine, on m’interpellait sur un sujet tout aussi important, la disparition de Bo Diddey, dont je n’avais pipé mot.

Ce matin, je comptais, avec quelques jours de retard, parler du décès d’Alain Dister, le critique rock français né à Lyon, qui doit à cette heure, au paradis, être sur le point de reprendre son reportage photo sur Jimi Hendrix en stand-by depuis des lustres. Betancourt, le Tour, le Bac, Mugabe, la dernière ligne droite de PPDA sur TF1, les occasions de bavarder sur ce blog sont nombreuses mais, qu’on se le dise, je n’envisage en aucune façon de hiérarchiser les choses. C’est pourquoi aujourd’hui je vais écrire quelques lignes sur cette polémique subalterne et qui enfle à nouveau, les relations supposées fortes entre Jean-Patrick Manchette et ADG, il y a trente ans de cela.

A l’occasion de la sortie du premier tome du journal Manchette et secondairement des chroniques (expurgées) d’ADG, l’agitation fait son come-back et même, c’est dire si la question est brûlante, l’objet d’un rebond(s) dans Libération.

Vendredi dernier, Doug Headline, le Fils de Jean-Patrick Manchette est en effet monté au créneau en signant une tribune intitulée, « Manchette victime du révisionnisme littéraire ». Objet de la castagne, un certain Sébastien Lapaque, accusé, pour réhabiliter l’auteur de polars A.D.G. aujourd’hui décédé, d’inventer une sorte de liaison quasi amicale et littéraire avec Manchette, lui aussi décédé. Ce Lapaque, multiplie les fausses informations pour accréditer la folle thèse d’une proximité entre les deux hommes.


Pour les non initiés, sachez que nous avons avec ces deux auteurs, face à nous, deux véritables « poids lourds » du polar français même si l’un pèse beaucoup plus que l’autre. D’un côté, Jean-Patrick Manchette, un immense écrivain souvent présenté comme le père du néo-polar français des années soixante-dix et dont l’importance n’est pas encore totalement reconnue dans le panthéon de la littérature de l’après-guerre. L’auteur de « Nada » et de « Fatale » étant par ailleurs positionné dans ce que l’on appelait alors « la gauche extra-parlementaire ». De l’autre ADG (Alain Dreux Galloux), de son vrai nom Alain Fournier, également auteur de polars dont la lecture est recommandée, qui laissera des traces intéressantes dans la littérature de l’époque mais qui ne se hisse pas au niveau de Manchette. Jusqu’ici rien de bien palpitant me direz-vous mais attendez la suite. Collaborateur du journal d’extrême droite « Minute », ami de Jean-Marie Le Pen, Fournier n’était pas seulement un drôle de lascar, c’était ce que l’on appelle un « Facho ».

Les chroniques éditées récemment sous le titre « Papiers gommés » devraient vous en convaincre même si l’avocat Emmanuel Pierrat a conseillé à l’éditeur de nettoyer d’une partie de la bave les propos de l’auteur.

Ce qui est en cause pour la énième fois réside donc dans les supposés rapports tissés entre Manchette et ADG. En vérité, ils sont proches de l’anecdotique et sans signification. L’étanchéité entre les deux auteurs étant totale. C’est, vous l’avez compris ici qu’intervient le dénommé Sébastien Lapaque. En l’invitant, le 5 juin dernier, à commettre un article sur « Les papiers gommés » d’ADG en complément d’un article sur le journal de Manchette, le Figaro à mis le feu aux poudre puisque ce Lapaque y mouline de pseudos arguments pour attester qu’une « amitié paradoxale » (Sic !) liait les deux auteurs. Une pure foutaise.

Doug Headline en écrivant dans Libération que « Sébastien Lapaque, ancien militant du mouvement d’extrême droite Action Française lycéenne et animateur du journal royaliste Action Française Hebdo tente ainsi qu’il l’a déjà fait à de multiples reprises de réhabiliter ADG » nous alerte sur le sens de cette offensive en forme d’amalgame qui n’est, au bout du compte, pas si neutre que cela.

Cette intempestive manipulation méritait d’être soulignée. Cela étant en publiant le journal de Manchette et les chroniques d’ADG, Gallimard et le Dilettante viennent de faire œuvre utile sachant que Manchette est un très grand auteur (de gauche) et Fournier, un bon auteur (d’extrême droite). Quant à Lapaque qu’il nous fasse le plaisir de se taire et au Figaro d’agir avec plus de précaution.

  • Jean-Patrick Manchette, « Journal 1966-1974 », Gallimard
  • ADG, « Papiers gommés », Le Dilettante.      

Lyon, le 7 juillet 2008.

 

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