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08/04/2007

Histoire du méchant petit Nicolas

medium_Mark_Twain.jpgMes excuses à Mark Twain, qui de toute façon s'en contrefiche, d'avoir détourné cette histoire  et aux Editions du Mercure de France, qui ont, je l'espère d'autres chats à fouetter. Le texte original est donc disponible chez cet éditeur sous le nom de "Contes humoristiques", collection "Mille Pages", édition établie par Alain Delahaye. 

Il y avait une fois un méchant petit garçon qui s'appelait Nicolas. Cependant, si l'on veut bien le remarquer, les méchants petits garçons s’appellent presque toujours Jean-Marie ou Philippe dans les livres de l'école du dimanche. C'est bizarre, mais on n'y peut rien. Celui –là s'appelait Nicolas.

Il n'avait pas non plus une mère malade du côté de la Trinité-sur-Mer, une pauvre mère pieuse et poitrinaire, et qui eût souhaité mourir et se reposer dans la tombe, sans le grand amour qu'elle portait à son fils, et la crainte qu'elle avait que le monde fût méchant et dur pour lui, quand elle aurait disparu. Tous les méchants petits garçons dans les livres de l'école du dimanche s'appellent Jean-Marie ou Philippe, et ont une mère malade qui leur enseigne à répéter "maintenant je vais m'en aller…" et chantent pour les endormir d'une voix douce et plaintive, et les embrassent, et leur souhaitent bonne nuit, et s'agenouillent au pied du lit pour pleurer. Il en était autrement pour notre garçon. Il s'appelait Nicolas. Et rien de semblable chez sa mère, ni phtisie, ni autre chose. Elle était plutôt corpulente, et n'avait nulle piété. En outre elle ne se tourmentait pas outre mesure au sujet de Nicolas. Elle avait coutume de dire que s'il se cassait le cou, ce ne serait pas une grande perte. Elle l'envoyait coucher d'une claque, et ne l'embrassait jamais pour lui souhaiter bonne nuit. Au contraire, elle lui frottait les oreilles quand il la quittait pour dormir.


Un jour ce méchant petit garçon vola la clef de l'office dans la poche de la blouse de son grand frère Alain qui avait été obligé de quitter la maison pour le Quebec suite à des ennuis avec le juge, s'y glissa, mangea de la confiture, et remplit le vide du pot avec du goudron, pour que sa mère ne soupçonnât rien. Mais à ce moment même un terrible sentiment ne l'envahit pas. Quelque chose ne lui sembla pas murmurer: "Ai-je bien fait de désobéir à ma mère ?" "N'est-ce pas un péché de manger la confiture destinée à oncle Jacques ?" "Où vont les méchants petits garçons qui mangent gloutonnement la confiture d'oncle Jacques ?" Et alors, il ne se mit pas à genoux, tout seul, et ne fit pas la promesse de n'être plus jamais méchant; il ne se releva pas, le cœur léger et heureux, pour aller trouver sa mère et tout lui raconter; et demander son pardon, et recevoir sa bénédiction, elle ayant des pleurs de joie et de gratitude dans les yeux. Non. C'est ainsi que se comportent les autres méchants petits garçons dans les livres. Mais chose étrange, il en arriva autrement avec ce Nicolas. Il mangea la confiture et dit que c'était "épatant" dans son langage grossier et criminel. Et il versa  le goudron dans le pot, et dit que c'était aussi "épatant" et se mit à rire, et observa que la vieille femme sauterait et renâclerait, quand elle s'en apercevrait. Et quand elle découvrit la chose, il affirma qu'il ignorait ce qu'il en était; elle le fouetta avec sévérité.

Un autre jour, il grimpa sur le pommier du fermier Debré offert jadis par oncle Jacques en signe de reconnaissance, pour voler des pommes. La branche ne cassa pas. Il ne tomba pas et ne se cassa pas le bras, et ne fut pas mis en pièces par le gros chien du fermier, pour languir de longues semaines sur un lit de douleur, et se repentir, et devenir bon. Oh! Non ! Il prit autant de pommes qu'il voulut, et descendit sans encombre. Et d'ailleurs, il était paré pour le chien, et le chassa avec une brique prêtée par son ami Martin Bouygues lorsqu'il s'avança pour le mordre. C'était bizarre. Rien de semblable jamais dans ces aimables petits livres à couverture marbrée, où l'on voit des images qui représentent des messieurs en queue-de-pie et chapeaux hauts de forme de cloche, avec des pantalons trop courts et des dames ayant la taille sous les bras et sans crinolines. Rien de pareil dans les livres de l'école du dimanche.

Il déroba, une autre fois, le canif du maître d'école, et, pour éviter d'être fouetté, il le glissa dans la casquette de François, François Bayrou, le fils du pauvre VGE aujourd'hui disparu, le jeune garçon moral, le bon petit garçon du village, qui toujours obéissait à son père et qui ne mentait jamais, et qui était amoureux de ses leçons et infatué de l'école du dimanche. Quand le canif tomba de la casquette, et que le pauvre François baissa la tête et rougit comme surpris sur le fait, et que le maître en colère l'accusa, et était juste au moment de laisser tomber le fouet sur les épaules tremblantes, on ne vit apparaître soudain, l'attitude noble, au milieu des écoliers, un improbable juge de paix à perruque blanche, pour dire:

"Epargnez ce généreux enfant. Voici le coupable et le lâche. Je passais par hasard sur la porte de l'école, et, sans être vu, j'ai tout vu."

Et Nicolas ne fut pas harponné, et le vénérable juge ne prononça pas un sermon devant toute l'école émue jusqu'aux larmes et ne prit pas François par la main pour déclarer qu'un tel enfant méritait qu'on lui rendit hommage, et ne lui dit pas de venir habiter chez lui, balayer le bureau, préparer le feu, faire les courses, fendre le bois, étudier les lois, aider la femme du juge dans ses travaux d'intérieur, avec la liberté de jouer le reste du temps, et la joie de gagner dix sous par mois. Non. Les choses se seraient passées ainsi dans les livres, mais ce ne fut pas ainsi pour Nicolas. Aucun vieil intrigant de juge ne tomba là pour tout déranger. Et l'écolier modèle François fut battu et Nicolas fut heureux de cela, car Nicolas détestait les petits garçons moraux. Nicolas disait qu'il fallait mettre à bas ces "poules mouillées". Tel était le grossier langage de ce méchant et mal élevé petit garçon.

La plus étrange chose arriva à Nicolas, le jour qu'il était allé, un dimanche, faire une promenade en bateau. Il ne fut pas du tout noyé. Une autre fois, il fut surpris par l'orage, pendant qu'il pêchait, toujours un dimanche, et ne fut pas foudroyé. Eh bien ! Vous pouvez consulter et consulter d'un bout à l'autre, et d'ici au prochain Noël, tous les livres de l'école du dimanche, sans rencontrer chose pareille. Vous trouverez que les méchants garçons qui vont en bateau le dimanche sont invariablement noyés et que tous les méchants garçons qui sont surpris par un orage en train de pêcher un dimanche sont infailliblement foudroyés. Les bateaux porteurs de méchants garçons le dimanche chavirent toujours. Et l'orage éclate toujours quand les méchants petits garçons vont à la pêche ce jour-là. Comment Nicolas toujours échappa demeure pour moi un mystère.

Il y avait dans la vie de Nicolas quelque chose de magique. C'est sans doute la raison. Rien ne pouvait lui nuire. Il donna même à un éléphant de la ménagerie, un paquet de tabac au lieu de pain, et l'éléphant avec sa trompe, ne lui cassa pas la tête. Il alla fouiller dans l'armoire pour trouver la bouteille de peppermint, et ne but pas par erreur du vitriol. Il déroba le fusil de son père et s'en alla chasser le jour du sabbat; le fusil n'éclata pas en lui emportant trois ou quatre doigts. Il donna à sa petite sœur un coup de poing sur la tempe, dans un accès de colère, elle ne languit pas malade pendant tout un long été, pour mourir enfin avec sur les lèvres de douces paroles de pardon qui redoublèrent l'angoisse dans le cœur brisé du criminel -non. Elle n'eut rien. Il s'échappa pour aller au bord de la mer, et ne revint pas se trouvant triste et solitaire au monde, tous ceux qu'il aimait endormis dans la paix du cimetière, et la maison de son enfance avec la treille de vigne tombée en ruine et démolie. Pas du tout. Il revint chez lui aussi ivre qu'un tambour et fut conduit au poste à peine arrivé.

Et il grandit et se maria deux fois, dont une avec une nommée Cécilia, et eut de nombreux enfants. Et il fendit la tête à tous une nuit, à coups de hache, et s'enrichit par toutes sortes de fourberies et de malhonnêtetés. Et à l'heure actuelle, c'est le plus infernal damné chenapan de son village natal, il est universellement respecté et est chef de la Police.

Bon dimanche.

Hautes Pyrénées, le 8 avril 2007.

08:30 Publié dans Ainsi va la vie... | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Twain, Mark, Sarozy, Nicolas, UMP, candidat, 2007 | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires

Puisque tu pastiches Mark Twain mon cher Jean-Yves, permets-moi, non pas de pasticher le grand Hugo et ses diatribes contre Napoléon-le-Petit dans ses Choses vues qui datent de 1855, mais seulement de rajouter entre crochets de quoi rendre ma colère explicite : le texte original n’a pas vieilli.

« Un à peu près d’empereur.
Pas de parlement, [des godillots], pas de journaux, [une presse complice], pas de bavardage [sauf « off » et pour gâter quelques-uns de ses amis des grands groupes de presse]. Des complices, mais pas de témoins. Nuit sur sa vie, [sauf à se’en servir lorsqu’une publication l’orne de ses daguerréotypes], nuit sur son palais [de l’île de la Jatte], nuit sur son alcôve, nuit sur son budget, [lorsque soixante-huit milliards de réductions d’impôts justifient avec la complicité du Béarnais toutes les pressions sociales sur les plus faibles de France]. Là surtout, obscurité profonde ; les chiffres ténébreux s'alignent dans l'ombre à la voix de César.
Comme homme d'action, il surprend, comme homme de gouvernement, il prend. Toute son histoire tiendra dans ces deux mots. Le silence sur tout et le jour sur rien. Cet aigle aime le crépuscule. Cet empereur de grand chemin hait les indiscrétions. Ses combinaisons financières sont tellement délicates qu'il leur faut la chambre noire.
Mais aussi comme il travaille ! Il excelle à troubler l'eau où il pêche [là-bas, à l’extrême droite des marigots], et quelle pêche miraculeuse [lorsqu’il appâte avec des ordres d’ombre marmonnés à l’oreille de préfets-pêcheurs] ! Il lance un décret comme on jette un filet [jusque dans les cages d’escaliers et les écoles]. Quant à ses serviteurs, tout leur est permis. Il est bon prince ; prenez mes amis [vous, les dirigeants du Mouvement des Entreprises Destinées à Epuiser et Fouler ] ! - Mais il leur recommande le secret. Que ta main droite ne sache pas ce que ta main gauche a volé [car, dans son langage, seule la gauche est du côté de ceux qu’il appelle les voyous]. »
(Choses vues, 1855)

Écrit par : Patmos Tarse | 08/04/2007

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