Avertir le modérateur

12/02/2007

La cause des "traîtres"

medium_Philippe_Val_lestraitresetlescretins.2.jpg

Week-end contrasté. Alors que j’étais en joie au sortir du hall du Parc des expositions de Villepinte après avoir écouté le discours de Ségolène Royal, un de mes amis particulièrement mal inspiré me dit sans aucune précaution : « T’as vu, le GAEC appelle à voter Bové ». Le coup était aussi rude que bas. Fort heureusement, après une bonne heure dans le RER où je flirtais avec la déprime, je constatais, arrivant gare de lyon, après une lecture hâtive du Progrès du jour, que la Gauche alternative dont le G.A.E.C est partie prenante, appelait bien à voter Bové au premier tour mais pour « faire gagner la Gauche », ouf !

Arrivé à Lyon, sur le coup de 23 heures, en zappant sur LCI, j’interceptais Marie-Georges Buffet qui tapait comme une branque sur Ségolène Royal. C’était au grand jury-RTL. Comme en pareille occasion, le Figaro de ce matin distillait royalement en page 7 la charge dominicale de la candidate des travailleurs (label rouge).

Il se trouve que dans le train, j’avais lu avec délectation la dernière compilation des chroniques de Philippe Val (Le cherche midi Editeur) qui, avec beaucoup de talent et de vista, divise la gauche en deux courants distincts. D’un côté les « traîtres », à savoir Jean Jaurès, Léon Blum, François Mitterrand et tous les socialistes. De l’autre, les « crétins » à savoir les trois B (« Buffet », Besancenot » et « Bové ») et quelques autres paléo et néo-gauchistes. N’oubliant pas de se classer parmi les « traîtres » et de l’assumer, Philippe Val, dans une chronique écrite après le « non » au référendum traite à fond et avec humour de cette opposition qu’il qualifie d’historique entre « traîtres » et « crétins ». Je vous invite à vous y reporter, cela vous permettra d’assumer votre statut de « traître » et de vous dire qu’hier, à Villepinte, nous avons par l’intermédiaire de Ségolène Royal, fait progresser la cause des « traîtres ».

Comme, hier soir, vous étiez nombreux à me demander ce que Ségolène Royal avait dit  dans son discours. Etant donné que celles et ceux qui fréquentent ce blog réfléchissent par eux-mêmes, je vous invite à visionner la vidéo de ce discours. Installez-vous confortablement, servez-vous un verre et cliquez. C’est parti !

 
Lyon, le 12 février 2007.

Commentaires

Cher Jean-Yves, cher traître

Je n’arrête pas de faire des rêves et, comme tu le sais, ils sont prémonitoires.
Le dernier date d’hier. Il était superbe.
Je te raconte :

Je suis dans une salle immense, pleine de tous les âges d’un pays qui m’est familier et que j’avais un peu oublié. Des tissus de toutes les couleurs volent tout autour de ma tête. Une musique, rap, disco, gaie, fait sauter en cadence les corps. Un jeune homme de soixante ans tape du pied en cadence à côté de moi et, plus loin, trois jeunes jolies métisses dansent en riant. Ah les traîtres !…
Une femme venue du fond de la France, saute une barrière pour s’approcher de la scène, aidée par un quinquagénaire à la barbe courte – le traître parfait - qui renverse ravi son gobelet en plastique rempli de café. La salle vibre encore de dizaines de milliers d’échos.
Tout au loin, la scène entoilée désormais vide laisse descendre sur tous ceux qui sont là une joie étrange et sereine. Traîtresse…
Parfois, on lit dans leurs yeux comme un traître soulagement.
D’autres fois, comme un étonnement de ravi.
Toujours, on devine une certitude nouvelle dans le creux des têtes, renaissante enfin, et qui murmure que changer le monde de tous les jours, celui de la vraie vie, est désormais à portée de main si – traîtrise suprême –on se met à gouverner.
Une voix traîne dans ma mémoire neuve. Une voix de femme, un peu frêle parfois et puis soudain forte et grave dans ses intonations si ce n’est dans son timbre. Traîtresse, je t’entends encore alors que ton image a disparu.
Elle parle, cette voix de femme, d’un pays métis et généreux que je connais et que parfois j’oublie quand l’autre voix qui dort au plus profond se révèle, carnassière, pour hurler « racaille ! ».
Cette voix de femme claire, redit avec constance une volonté de justice calme et ferme, généreuse et exigeante. Trahison, elle submerge enfin l’autre voix, aux intonations nouvellement zen et qui - pâle imitation d'un art de rappeur – « ricoche sur le malheur, sur la peine et le labeur, sur les frustrations et les rancoeurs, sur Jaurès et les travailleurs ». Cette autre voix aboie sous son timbre neuf, qui leurre et tente de gaver les têtes et les médias sans vergogne, qui flatte là où l’ego aime à se faire caresser.
Cette voix de femme parle encore en moi d’un pays fier et sans arrogance que je connais, de ses habitants en marche. Cette voix de femme, c’est celle qui redit un dans mon rêve un autre rêve, celui de Martin Luther King, traître absolu, dont j’entends la voix : « Je fais le rêve que mes quatre jeunes enfants habiteront un jour une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la teneur de leur personnalité. Je fais un rêve aujourd'hui ! »

Génial ce rêve dans le rêve, tu ne trouves pas ?

C’était si prégnant que je me suis traîtreusement mis à chanter dans mon sommeil :
E le genti che passeranno
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
E le genti che passeranno
Mi diranno « che bel fior »

J’ai dû chanter si fort, que cela a réveillé ma femme.

Je me suis levé. J’ai fait un café dans ma cafetière made in France et, à moitié endormi, je me suis traîtreusement brûlé en voulant me servir. Je me suis mis à pester contre ces entreprises traîtresses qui…
Et soudain, je me suis souvenu que la femme en rouge de mon rêve m’avait dit beaucoup de bien de ces petites et moyennes entreprises françaises. Je l’avais complètement oublié çà !… Je me suis mis à siffler cet air qui m’obsède et me ravit « O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao ».
Tu connais ?

Ah, j’oubliais, j’ai écouté la radio ce matin : c’est toujours aussi « petit bout de la lorgnette » et quant à TF1, çà sent toujours aussi mauvais. Pourrais-tu m’envoyer un papier d’Arménie ?

Bien à toi depuis mes monts

Patmos Tarse

PS: si on envoyait à Saint Nicolas cette petite citation ?

« Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire, c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. » (Jaurès, Discours à la jeunesse, 1903).
Et des remerciements à Val

Écrit par : Patmos Tarse | 13/02/2007

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu